
La démission de Houcine Dimassi de son poste de ministre des Finances ne fait vraiment pas les affaires du gouvernement actuel, qui, décidément, reste empêtré dans tout ce qui est lié à la finance.
Après le feuilleton de la Banque Centrale et l’éviction en trois épisodes de Mustapha Kamel Nabli. Après son remplacement par Chedly Ayari et la polémique concernant son passé « rcdiste », voici qu’une nouvelle affaire éclate. Une affaire qui ne fait pas les affaires du gouvernement.
Les principales raisons invoquées par le ministre démissionnaire sont les divergences entre sa vision et celle du gouvernement en matière de politique monétaire et plus précisément une divergence portant sur la caisse de la subvention des hydrocarbures et sur le projet de loi relatif à l’intégration au travail et l’indemnisation des personnes ayant bénéficié de l’amnistie générale.
D’après M. Dimassi, ces deux projets pourraient entrainer de grosses dépenses publiques additionnelles et donner lieu à une situation économique difficile dans les années à venir.
M. Dimassi légitime ainsi sa décision par son opposition à un projet de loi soumis à l’Assemblée nationale Constituante en vue de la réhabilitation et de l’indemnisation de citoyens ayant été notamment injustement incarcérés sous l’ancien régime.
Rappelons que, c’est le parti Ennahda, qui avait soulevé la controverse en réclamant une indemnisation pour ses partisans et dirigeants opprimés sous l’ancien régime, au même titre que les martyrs de la révolution du 14-Janvier 2011.
Selon, l’ex-ministre, ce projet, à lui seul, nécessite des dépenses supplémentaires considérables (de l’ordre d’un milliard de dinars, d’après lui), compte tenu du nombre important de bénéficiaires potentiels », et ce « au détriment de la situation économique et financière difficile », écrit le ministre démissionnaire.
Ce projet de loi, récemment soumis au conseil des ministres, constituerait le dérapage qui a fait déborder le vase. Engager des dépenses additionnelles asphyxierait les finances publiques en raison du grand nombre de bénéficiaires et du volume très important quant aux montants des indemnisations escomptées.
Il estime que tous ces éléments ne suscitent pas l’optimisme et dénigre un tant soit peu la manière dont Hamadi Jebali guide son gouvernement et la manière avec laquelle le pays est dirigé, soulevant le cas de la nomination du nouveau gouverneur de la Banque centrale, qui a été faite sans l’avis des concernés et notamment le ministre des Finances.
D’un autre côté, M. Dimassi se dit profondément consterné par la manière désinvolte et inique suivie pour démettre le gouverneur de la Banque Centrale, Mustapaha Kamel Nabli, ce qui ne manquera pas d’avoir des conséquences négatives sur l’autorité de l’Etat et l’image de notre pays, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, en ces moments difficiles et délicats.
La encore, il s’attaque et fustige les pratiques qui ne respectent pas les moindres règles de concertation et de coordination pour les prises de décision.
Tout cela dénote un certain objectif (non avoué) de la part du gouvernement dominé par Ennahdha, celui d’avoir lancé sa campagne électorale, dénonçant la « politique électoraliste de la plupart des membres du gouvernement » qui a pour conséquence, selon lui, de faire « exploser les dépenses de l’Etat ». Des « dérapages » qui ont, d’après lui, pour « objectif de gagner la sympathie de certaines catégories sociales dans la perspective des prochaines élections ».
Houcine Dimassi est le deuxième ministre à claquer la porte du gouvernement depuis l’entrée en fonction fin 2011 de l’équipe au pouvoir composée par Ennahda, Ettakatol et le Congrès pour la république (CPR).
M. Dimassi était l’un des rares indépendants à siéger au gouvernement. Il explique sa démission par des « désaccords grandissants » avec le gouvernement… Tout comme l’avait fait en juin dernier, le ministre de la Réforme administrative Mohamed Abbou, qui avait démissionné pour protester contre des entraves présumées dans la lutte contre la corruption dans l’administration.
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