
Tous les fiascos politiques tunisiens tiennent des relations de sang et de l’esprit clanique et familial du pouvoir. Ainsi les passages controversés de Bourguiba Jr à la tête de la diplomatie et de la justice tunisienne ont terni l’image d’intégrité et d’impartialité du légendaire Zaim et l’implication de sa nièce Saida Sassi a précipité sa descente aux enfers.
Sous Ben Ali et après les affaires juteuses, les Trabelsi sont devenus des familiers du pouvoir et ainsi Belhassen fut désigné membre du comité central du parti, Imed président de la Municipalité de la Goulette et Sakhr député et membre actif du parti. Une avidité de pouvoir qui a scandalisé la nomenklatura du parti et qui a accéléré la chute du régime.
Deux après la révolution, l’histoire se répète et nos valeureux chefs, inconscients de l’impact négatif de telles pratiques, perpétuent cette tradition et d’ailleurs dans le premier gouvernement post révolution, le plus fort de tous les temps, les liens familiaux et l’esprit clanique sont toujours légendes.
Ainsi Gannouchi, en patriarche averti et voulant marcher sur les traces de son illustre prédécesseur a intronisé son gendre aux Affaires Etrangères, son compagnon Mohamed Ben Salem, Ministre de l’Agriculture a quant à lui imposé son gendre bien aimé Slim Ben Hmidene pour le poste tant convoité de Ministre des Domaines de l’Etat, la fille de Maatar, Ministre de l’Emploi, nommée dans le cabinet de sa consœur Ministre de la Femme.
Sous le 2 eme gouvernement post révolution, les liens familiaux sont toujours aussi présents et même si le gendre du grand manitou a laissé sa place, d’autres figures font une apparition fulgurante et ainsi la sœur de Sihem Badi, Ministre de la Femme, est mandatée par sa sœur pour représenter la Tunisie lors d’un voyage en Chine, Madame Akremi, avocate de profession et épouse du vice-Premier Ministre Noureddine Bhiri qui garde son cabinet malgré la suspicion de conflit d’intérêt entre son métier d’avocat et les responsabilités de son mari et les exemples sont nombreux.
Comme l’a si bien dit Mr Baroudi, député démocratique au sein de l’ANC, la Tunisie est une république bananière et les gouvernements qui se succèdent ne font que confirmer cette thèse d’une république familiale et clanique dans laquelle les critères da loyauté et d’allégeance prévalent sur ceux de la compétence et du mérite.
Nos hommes politiques intronisés, revalorisés et revenus de loin grâce aux combats d’un peuple en souffrance et qui ont fait le serment d’honnêteté et d’impartialité et qui ont juré de servir le peuple et le pays sont en train de trahir les promesses et d’incarner la posture de politiciens ordinaires et suffisants affamés de pouvoir et avides de fastes et de privilèges républicains.
Plus préoccupés par leurs propres intérêts et ceux de leurs clans que de l’intérêt du peuple, ils sont entrain de baliser les fondements de la nouvelle gouvernance post révolutionnaire, se servir et asservir avant de servir le pays, amasser avant de distribuer au peuple, profiter avant de justifier aux électeurs, récompenser ses fideles avant de juger les candidats, nommer ses lieutenants avant de vérifier les compétences et rétribuer ses proches sans se référer au mérite. Tels sont les principes fondateurs de cette nouvelle République monarchique ou se mêlent Pouvoir, Famille, Argent, Influence, Suspicion et Incompétence.
Un délit de détournement de pouvoir pèse sur la nouvelle classe politique fraichement élue et le contingent des mécontents et des contestataires de cette démocratie familiale et clanique ne cesse de s’allonger. Un familiarisme, un clanisme et un clientélisme qui menacent la nouvelle république avec une caste politique qui adopte les pratiques désastreuses qui faisaient légende sous Ben Ali et qu’elle dénonçait vigoureusement.
Par ce temps où tout s’achète et dans lequel on fait commerce de tout, de la foi, du militantisme, de la religion, de l’intégrité et de l’histoire, Il y a pourtant encore une seule et unique chose qui ne s’achète pas et ne s’achètera jamais car elle ne se vend pas mais elle s’acquiert: la compétence et le savoir.
A croire que la Tunisie est condamnée à être une République Familiale et Héréditaire et même si les hommes changent, les pratiques restent inexorablement les mêmes et si Ben Ali est déchu, le familiarisme, le clanisme et le clientélisme persistent et la jouissance et l’asservissement des fastes et des privilèges de la république fleurissent encore et toujours.
Jalel JEDDI
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