
La Tunisie a finalement extradé l’ancien Premier ministre libyen, Baghdadi Mahmoudi qui était incarcéré depuis neuf mois. Renvoyé très discrètement, dimanche 24 juin 2012 en Libye, son extradition provoque une crise ouverte entre le gouvernement et la présidence tunisienne qui n’a pas donné son aval.
Après neuf mois d’incarcérations mais aussi de tergiversations, Baghdadi Mahmoudi a été finalement extradé vers son pays, provoquant des remous en Tunisie où la crise qui couvait depuis quelque temps déjà à son sujet, est définitivement consommée.
Cette extradition a été effectuée à l’aube en catimini, laissant la place à toutes les interprétations notamment à cause des nombreuses zones d’ombre qui ont entouré cette décision que quelques uns qualifient de grosse transaction.
Pour certains, en effet, comment expliquer la remise d’un accusé aux autorités d’un pays où il n’y a pratiquement pas d’autorité, où les affrontements armés entre tribus et autres milices se poursuivent ?
Côté libyen, on explique avoir obtenu cette extradition « à la suite d’intenses efforts diplomatiques déployés par le gouvernement intérimaire libyen ».
Aujourd’hui, Baghdadi Mahmoudi croupit dans une prison libyenne… Mais pour combien de temps ?
Le point de discorde au sujet de cette extradition ne date pas d’hier. Le président Marzouki avait réaffirmé depuis le mois de mai son opposition à cette extradition, réclamant des garanties sur le respect des droits de l’homme. Le chef du gouvernement tunisien, Hamadi Jebali, avait lui affirmé que sa décision d’extradition était « irrévocable » et ne nécessitait pas la signature du président de la République.
Il semblerait que ce désaccord ait été outrepassé et que la discorde se soit transformée en crise ouverte entre la présidence qui n’avait pas donné son aval ni même été préalablement avisé de cette extradition et le gouvernement qui a agit en solitaire.
C’est ce qu’a affirmé le conseiller du chef de l’Etat, Adnene Mnasser, dimanche, au journal télévisé de la première chaîne nationale, estimant que cette décision n’est ni légale ni légitime et qu’elle a créé une grave crise politique dans le pays. Car selon lui, cette extradition n’aurait été légale que dans le cadre des dispositions du code de procédures pénales stipulant, selon l’article 324 qu’elle ne peut se faire sans l’aval du président de la République, en l’absence d’une Constitution (dissoute).
Aujourd’hui, la présidence tunisienne dénonce et exprime son refus de cette décision, accuse même le chef du gouvernement Hamadi Jebali, d’être sorti de ses prérogatives et d’avoir pris une décision d’une manière unilatérale et sans concertation du président de la République.
« La décision d’extradition, signée par le chef du gouvernement tunisien, constitue une violation claire des engagements internationaux de notre pays et envers l’ONU », souligne la présidence. Elle rappelle que le Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés avait demandé à Tunis de ne pas extrader M. Mahmoudi avant qu’il ne statue sur sa demande d’asile politique.
Mahmoudi avait fait une demande de réfugié politique auprès du Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR). Le HCR n’ayant pas encore donné sa réponse, il ne pouvait donc être extradé », toujours selon laprésidence.
« La présidence rend responsable le chef du gouvernement de tout ce qui pourrait arriver après l’extradition et d’éventuelles atteintes à l’intégrité morale et physique de M. Mahmoudi », ajouté le communiqué diffusé par la Palais de Carthage.
L’affaire Baghdadi Mahmoudi ne fait que commencer et la crise ne fait que débuter entre une Troïka déjà en mal de consensus et qui éprouve surtout beaucoup de mal à rester sur la même longueur d’ondes.
Pour l’heure, Moncef Marzouki devrait s’en remettre à l’Assemblée Nationale Constituante à laquelle il devrait soumettre le cas « Baghdadi » mais surtout la « transgression de ses prérogatives ».
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