
Tout le monde sait qu’en Tunisie les droits de retransmission de notre championnat national de Football sont devenus l’une des principales sources de financement de nos clubs.
L’éventuelle arrivée d’Al Jazeera dans le foot tunisien a poussé la Télévision Nationale à casser sa tirelire pour payer à la Fédération Tunisienne de Football les 4 Millions de Dinars en contrepartie des droits de diffusion des matches de championnat national et de la coupe de Tunisie.Cette somme, bien que payée sur trois tranches, a représenté une manne d’argent qui a ravivé le cœur des trésoriers de nos clubs qui végétaient dans des difficultés financières insurmontables du fait de la politique inflationniste de salaires des joueurs, du piètre spectacle offert et de la désertion des spectateurs.
Avec les audiences de foot qui s’effritent, l’absence de gros annonceurs et les coûts de production y afférents, il n’est pas dit que la Télévision tunisienne ait fait une bonne opération commerciale ou réalisé un deal gagnant.
L’argent mis sur la table pour s’adjuger ces droits répondait à un double objectif : barrer la route à la chaîne qatarie qui allait imposer le pay per view (payer pour regarder) et aider le football tunisien par ces temps de vaches maigres en renflouant les caisses des Clubs. Ce n’est certes pas un drame pour la Télévision Tunisienne mais son audace pour acheter un championnat en crise de résultat, d’image et de spectacle est salutaire.
Le sport roi n’est plus ce qu’il était. D’ailleurs peut-on toujours l’appeler ainsi ? Le foot rime désormais avec business, ambition politique, dimension régionaliste et phénomènes de société.
Et le dernier incident au stade de Sousse illustre bien cette imbrication du foot avec la politique et nous déplorons l’attitude du Président de l’ESS qui, pour des motifs de sécurité relevant de la seule compétence des forces de l’ordre, a interdit à la Télévision Tunisienne, détentrice des droits de diffusion des matchs d’accéder au stade, de filmer le dernier match entre l’ESS et l’OB.
C’est un déni flagrant des droits de jouissance et une entorse aux clauses contractuelles entre le propriétaire des droits et l’adjudicataire.
Mais ce qui choque le plus ce n’est pas que le Club interdise au détenteur des droits de retransmettre le match car il y a eu déjà un antécédent l’année dernière à Gabés, c’est que le Club autorise d’autres chaînes qui n’ont rien payé et qui ne détiennent aucun droit à pénétrer dans l’enceinte du stade, à filmer et à diffuser des résumés.
Et dans ce cas, on est en droit de se demander ce que fait la Fédération Tunisienne de Football ? Mandatée par les Clubs, la FTF est considérée comme propriétaire des droits collectifs.Elle a concédé la jouissance exclusive à la Télévision Tunisienne (6 matchs par journée) et à Hannibal (2 matchs par journée).
Contractuellement, la FTF est tenue de protéger et de garantir l’accès au stade à la chaîne qui détient les droits.
Mais face à la faiblesse du bureau fédéral (le plus faible de l’histoire du football tunisien), au pourrissement de l’environnement du football, à sa politisation, à la montée du régionalisme, et à la victimisation ambiante des pseudo-dirigeants, les choses sont sorties de leur contexte habituel.
Il serait judicieux que toutes les parties s’accordent sur le modèle de concession individuelle. Ainsi chaque Club ou groupe de Clubs pourrait rétrocéder ses droits au plus offrant et devenir le contractant du diffuseur.
La viabilité du football tunisien passerait, comme l’a martelé Captain Khaled Hosni, par une remise en question et une autocritique de tous les acteurs de ce sport roi-tutelle, fédération, dirigeants, sponsors, publics et diffuseurs. Ces derniers achètent un spectacle et ils sont en droit d’avoir de la qualité en retour pour faire de l’audience, attirer des annonceurs et générer des revenus qui serviront à payer ces droits.
Jalel JEDDI
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