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Tunisie: le pouvoir n’est pas entre les mains de ceux qui le clament…

28 septembre 2011
in Chroniques
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Combien de nuits passées à écrire, à discuter avec ceux que tu ne connais pas et que peut-être tu ne rencontreras jamais. Combien de personnes rencontrées sur le fil de la toile qui deviennent des amis de route, des gens pour toi importants, des gens dont l’opinion compte. Combien d’avis et de commentaires échangés sur un espace qu’on appelle virtuel mais qui était plus réel que le réel.

Un soir de décembre où tu vois des images que personne n’imaginait voir dans le pays où personne n’aurait jamais conçu de voir des jeunes inconnus crier « à bas le régime ». Des jeunes mourir pour pouvoir crier leur impatience, leur envie de dignité. Des martyrs qui sont les nôtres. Qui de nous aurait jamais imaginé que ceci pouvait se passer dans le petit pays tranquille, silencieux, pacifique et soumis dénommé Tunisie.

« Ils marchent sur la capitale, ils arrivent de toute la Tunisie ! » était le cri heureux de ceux qui ont vu la révolution portée dans les bras des jeunes arrivés de l’intérieur. Hommes et femmes qui portaient leur tunisianité comme on porte un trésor à offrir aux rois. « Une horde de barbares, incultes et qui de plus ne savent pas parler français » criaient les réactionnaires indignés par tant de courage. Nous nous sentions petits devant ces gens que nous ne connaissions pas, qui ne nous appartenaient pas jusqu’au jour où ils se sont levés contre la tyrannie dont tous souffraient. Personne n’a été à l’abri de la dictature mais eux ont eu la force inimaginable de se soulever.

Un jour, la Tunisie est devenue UNE. Un jour, nous avons vu le courage de l’autre en soi, rêvant d’être comme lui. Le héros. Celui qui n’a pas peur de regarder les flics dans les yeux. Celui qui ne craint pas de mettre la robe d’avocat pour lever une petite pancarte où il y avait écrit  un si grand message « khobz ou ma ou Ben Ali la » (pain et eau et Ben Ali, non). Un soir de janvier, les cœurs froids le temps d’un hiver se sont vus s’enflammer pour ce que personne n’osait imaginer, le mur de la peur qui tombe et qui fait tomber avec lui ce dont nous avions peur. Quelques jours ont suffi pour faire basculer pour toujours ce que nous pensions ferme et infini..le temps de nos souffrances.

Le drapeau continuait à fluctuer telle une puissance inimaginable en nous et nous devenions un après un, l’image de cette patrie abandonnée à ses ravisseurs. Chacun retrouvait cette citoyenneté volée, meurtrie et enfuie dans le plus profond des puits. Tout un chacun cherchait à raconter ce qu’il était et ce qu’il voulait être. Finalement. Un homme, une femme libre. Libre de ses peurs, des ses fantômes. Libre de rêver un futur meilleur pour ses enfants, car lui, cette chance il ne l’a jamais eue.

Ma Tunisie, je l’ai rencontrée sur le fil de la toile et telle une araignée qui sauve le réfugié elle a su me faire connaître des gens comme moi : assoiffés de bonheur. Celui que seuls les romans savent raconter.

Le futur de mon pays n’est pas entre les mains de ceux que nous pensons ou qu’on voudrait nous faire croire, ils sont entre nos mains. Simples citoyens rêveurs, ambitieux et donc pessimistes, réalistes et donc rassurants. Nous regardions nos vies à travers des miroirs déformants, horribles et écœurants, pour enfin voir arriver la lumière du fin fond de notre Tunisie. L’invisible face de la médaille, insoupçonnable car insoupçonnée. La foi en un futur meilleur ne peut être une chimère, un rêve inutile car « nous ne méritons pas ce rêve ». La foi en un demain tout notre doit continuer à vivre en nous, telle une bougie qui ne se tarisse jamais, tel un vent qui conditionne le monde, tel un anticyclone qui définit les règles du jeu. Le pouvoir n’est pas entre les mains de ceux qui le clament mais entre celles, innocentes, de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Tous ceux qui ont parlé, écrit, dit et crié. Tous ceux qui ne se tairont plus jamais. Tous ceux qui au plus profond d’eux-mêmes savent que tout ceci n’est pas un cauchemar mais bien un rêve qui nous a été offert. Honneur à ceux qui ont voulu que ce soit ainsi.

Par Wejdane Majeri
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