
Chaque pays a connu à travers ses régimes son lot de traitres, d’opportunistes, de pique- assiettes, de prédateurs sans foi ni loi prêts à renier leurs convictions, à vendre leurs honneurs et à sacrifier leurs âmes pour quelques jours de gloire, pour une notoriété éphémère ou pour quelques miettes laissées par leurs maîtres bienfaiteurs.
De farouches opposants, d’icônes de l’ancien régime, de sbires des Trabelsi, de vigoureux syndicalistes, de chantres de la démocratie, de valeureux défenseurs des droits de l’homme, de véritables patriotes, plusieurs des héros du militantisme et du régime d’hier sont devenus hélas des Zéros de la conviction et du respect aux principes d’aujourd’hui.
Devenus maîtres dans l’art de la trahison, beaucoup ont renié leurs engagements, ont retourné leurs vestes, ont quitté leurs familles politiques, ont rejoint d’autres formations ou sont devenus dissidents. Versatiles à souhait, nos surfeurs sur la vague de l’opportunisme rythment à la vitesse du vent la sphère politique tunisienne.
Qui aurait cru que Tarek Kahlaoui, ancien collaborateur de Sakhr El Materi allait devenir le porte-drapeau des révolutionnaires de la 25 ème heure ? Qui aurait cru que Hamma Hammami, farouche opposant à l’ancien régime allait s’allier avec les destouriens ? Qui aurait cru que Moncef Marzouki, icône de l’intégrité allait s’accrocher autant à son fauteuil présidentiel doré ? Qui aurait cru que Khemais Kssila, socialiste de cœur allait rejoindre Nidaa Tounes ?
Qui aurait cru que le PDP, bastion de l’opposition tunisienne, allait s’effriter en morceaux ? Qui aurait cru que le CPR, centrale de défense des droits de l’homme, allait renier Oum Zied et permettre la chevrotine à Siliana ?
Qui aurait cru que le parti Islamiste allait marginaliser l’un de ses fondateurs Abdelfattah Mourou ? Qui aurait cru qu’Ennahda allait renier l’engagement solennel de son président Rached Gannouchi à s’en tenir à une seule année de transition ?
Qui aurait cru que d’anciennes figures de l’ancien régime allaient rejoindre Ennahda ? Qui aurait cru que l’UGTT, maison d’hôtes de tous les opposants, allait être dénigrée avec autant d’ardeur ? Qui aurait cru qu’un ramassis d’opportunistes et d’affairistes pouvaient se rassembler autour de Nidaa Tounes?
Qui aurait cru que la piété ne rimait pas avec honnêteté ? Qui aurait cru que la parole n’a plus de valeur ni de sens chez les plus proches d’Allah ? Qui aurait cru qu’on allait s’entretuer au nom de Dieu ?
La chose la plus partagée chez nos politiciens aujourd’hui est la trahison, l’ingratitude et le déni des principes et des convictions. L’indécence avec laquelle nos hommes politiques changent de partis et de positions est symptomatique de la bassesse morale qui prévaut et de la méfiance vis-à-vis de ces hommes.
Force est de constater que les valeurs morales désertent la scène politique et le militantisme, l’amour de la patrie, la fidélité aux convictions, le respect des principes et la gratitude envers les citoyens qui devraient guider le politicien dans son parcours ont cédé la place à l’opportunisme et au carriérisme.
Alléchés par les fastes de la république, attirés par l’argent sale, affamés de pouvoir et dépourvus de valeurs, de plus en plus d’hommes politiques n’hésitent plus à troquer leur moralité contre des miettes , à se jeter dans les bras des forces étrangères contre un compte bancaire , un visa à vie ou une inscription de ses progénitures à la Sorbonne, à pactiser avec ses ennemis et à glorifier les putschistes pour accéder au pouvoir et à abuser de tricherie, de mensonge et de volte-face pour jouir de ce festin national.
Sans scrupules, sans honte et avec beaucoup d’insolence et d’indécence, de plus en plus d’hommes politiques deviennent maîtres dans l’art de la trahison à la Patrie et au Parti. Une trahison qui se révèle hélas catalyseur de carrière, source de revenu, moyen de chantage, opportunité de vedettariat et meilleure gomme pour effacer ses méfaits et renier ses engagements.
Jalel JEDDI
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