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Tunisie – Les Médias à la recherche du temps perdu ?

20 octobre 2012
in Chroniques
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Il va sans dire que les médias sont soumis à une éthique : exactitude de l’information, respect de la vie privée, vérification des sources et neutralité. Qu’en est-il des nôtres, avant et surtout, après la révolution.

Nid de vipères et nœud d’intérêts

Les journalistes de l’ère de Ben Ali, eux-mêmes, ne nient pas le fait que, des décennies durant, le paysage médiatique fade et blafard n’était qu’un nid de vipères. Beaucoup d’entre eux s’entendent aujourd’hui comme larrons en foire et constituent une sorte d’oligarchie ou d’oligopole de l’information. Leur liberté se résume semble-t-il à laisser libre cours aux allégations spécieuses, aux ragots, aux manipulations et aux histoires inventées de toutes pièces.
Des faits essentiels passent sous silence. Les vrais sujets passent à la trappe. En matière de médias, rien n’est innocent. Et le silence moins que tout.  Comment expliquer, sinon, à titre d’exemple, la loi de silence comparable à « l’omerta sicilienne » observée par les médias quant aux déclarations du porte-parole du ministère des affaires étrangères israéliennes sur une chaîne française. Si le gouvernement franchit le pas et avance cahin-caha de la suzeraineté à la souveraineté (N’en déplaise à Mezri Haddad), ce serait à l’honneur de tous les Tunisiens et non pas seulement aux pro-gouvernementaux alors qu’on s’ingénie à ce que les propos du leader du parti Ennahdha, accessibles par tout un chacun sur « You tube », depuis avril dernier, jettent inopinément un pavé dans la mare ?    

Les acteurs en démonstration

Les chaines TV de «Bouna lahnin» et de Berlusconi, connu plus que toute autre chose par sa concupiscence, celle de «Baith al Qanat» et celle dont la valeur sûre est le mimétisme.
Les stations radio : du célèbre serviteur fidèle et compagnon loyal de Belhassen Trabelsi, très sensible à «ce regard affectueux et stimulant» du président Ben Ali, la station dont la principale fondatrice est la fille de Ben Ali, ou encore celle fondée par le fils de l’ex médecin du déchu  semblent avoir  choisi leur camps dés le départ.
Sans parler de la presse écrite, ou les suppliants notoires de Ben Ali 2014 sont légion,qui ne fait que confirmer le port combien justifié du label «jaune», contentons-nous de ce panel de militants et d’esprits brillants.

Et la violette de surenchérir : La  figure de proue des médias tunisiens qui n’excellent qu’à jouer les Cassandre et dont les responsables, nous dit-on, ne lésinent pas sur les moyens afin d’être la télé de tous les Tunisiens, ne cesse de nous montrer que les sit-in « pacifiques » (bien que, la plupart du temps, ravageurs et dévastateurs, mais ce n’est qu’un détail) ne sont pas seulement compréhensibles et légitimes, mais légaux. Les squatteurs des maisons Snit de Fouchana à Raoued en passant par ceux  du Palais Beylical à Hammam-Lif sont la veuve et l’orphelin. Les bourreaux sont connus, comme de coutume et comme de bien entendu.
Dans l’affaire du dépotoir à Djerba, une cinquantaine de policiers et deux citoyens sont blessés. L’on parle alors de dommages collatéraux.  

Dans la même télé : interruption du journal de vingt heures pour écouter les interventions de Ksila qui allaient changer le cours de l’histoire de la Tunisie et celle de Kassas qui fait l’éloge de Ben Ali. Une coïncidence, nous a-t-on dit. Toujours dans la même télé et dans le même journal : interruption de l’intervention de Samia Abbou qui dénonce les propos de Kassas à propos de l’rcd. Un concours de circonstances. La traduction des propos de l’ambassadeur américain n’est pas du tout exacte. C’est encore le hasard!!
L’idéal démocratique qui n’était qu’une façade à l’ère benalienne, le village ‘‘Potemkine’’(1) devient, aujourd’hui, un Pompéi sous le Vésuve, ou tout au moins, un Babylone biblique pour certains de nos journalistes grévistes, visiblement, à la recherche du temps perdu. Sauf que, Proust, lui, ne s’est pas intéressé aux souvenirs, mais à une réflexion sur plusieurs sujets dont le temps qui, malheureusement pour les militants de la vingt cinquième heure, ne revient plus. Ceux et celles qui nous rebattaient les oreilles et faisaient assaut de flagorneries, s’érigent, aujourd’hui, en révolutionnaires et en défenseurs farouches de la liberté d’expression.

Il est patent que celui qui maîtrise bien les techniques de manipulation de l’information et qui en use avec circonspection, peut mener l’opinion publique, c’est-à-dire la majorité des citoyens, à se mobiliser dans un sens ou dans un autre, en fonction de ses objectifs. Or le citoyen lambda qui n’est pas né de la dernière couvée en est profondément, conscient. Il ne faut donc pas surestimer le rôle de ceux qui tentent, en vain, de nous rouler dans la farine car tout comme l’a montré le sociologue P. F. Lazarsfeldt, on assiste parfois à des réactions de rejet : l’individu se rend compte de la manipulation et adopte un comportement contraire aux attentes du manipulateur.

Faut-il brûler les journalistes ?

Faut-il brûler les journalistes ? Pour répondre à la question de Jean Daniel, auteur de l’ouvrage remarquable L’ère des ruptures, s’il ne faut, certes pas «brûler les journalistes», quels que soient leurs orientations idéologiques, leurs arrière-pensées ou leur dilettantisme, il ne faudrait pas non plus, à plus forte raison, brûler le peuple, du moins, sa grande majorité comme l’appellent de leurs vœux certains qui considèrent la démocratie comme étant leur religion.
Ma question, à moi, est la suivante : Jusqu’à quand nos médias tenteront-ils de jouer sur la peur, jusqu’à quand réitérera-t-on, à l’instar des Romains : «Hannibal ad portas» (Hannibal est à nos portes !) ?

Belhassen Soua

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