
Les récents événements qui ont secoué la Tunisie sont trop graves pour être pris à la légère. Ils mettent, une fois de plus, le gouvernement et Ennahdha qui le dirige, face à un défi dont la finalité peut être soit salutaire soit dramatique.
Le pays est-il désormais engagé dans une impasse ? Vu sous un angle pragmatique, la Tunisie dont le souci actuel est bien cette flambée de violence, a du mal à converger vers une solution salutaire et souffre d’un blocage à tous les niveaux.
Le phénomène salafiste fait partie intégrante de ce blocage. Pris avec des pincettes, il donne le tournis d’abord parce qu’il divise, ensuite parce qu’il inquiète.
Le gouvernement dirigé par Ennahdha est le premier à être surpris et désorienté par cette importante montée salafiste.
Probablement parce qu’il n’a pas pu mesurer la montée en puissance du phénomène, le gouvernement d’Ennahdha, tout comme les services de renseignements occidentaux qui le soutiennent, restent divisés, selon certaines sources, quant à la gestion du phénomène salafiste djihadiste.

Un phénomène tout de même surprenant pour la Tunisie mais qui ne cesse de prendre de l’ampleur.
Et là, deux courants, paraît-il, s’opposent quant à la manière de traiter le danger salafiste. Il y a d’abord les partisans d’Ali Laârayedh. Le ministre de l’Intérieur ne veut, parait-il, pas trop s’embarrasser des salafistes. Sa méthode consisterait à traiter le phénomène de manière radicale en adoptant une stratégie sécuritaire de grande ampleur visant à couper l’herbe sous les pieds des salafistes radicaux impliqués dans n’importe quelle violence.
Il s’agit de mener des opérations comme ce fut le cas contre le groupe armé qui s’était réfugié dans une forêt de Bir Ali Ben Khlifa, près de Sfax, opération qui s’était soldée par la mort de deux salafistes djihadistes.
Cette méthode permettrait de lever le voile sur les groupes terroristes sachant qu’aujourd’hui, des armes, venues clandestinement de Libye, sont actuellement entre les mains des salafistes radicaux.
Les opposants se basent justement sur ce point pour s’interdire toute action violente contre les salafistes radicaux, estimant que le fait de les persécuter peut les pousser à commettre l’irréparable. Pour cette tendance au sein du gouvernement et donc au sein d’Ennahdha, on adopte une position attentiste calquée sur les recommandations américaines.
Mais la position des Etats-Unis a, semble-t-il, changé depuis les événements du 14 septembre contre son Ambassade à Tunis !
Ceci explique pourquoi le gouvernement et Ennahdha sont désorientés et ne savent plus quelle stratégie adopter dans le sens où les deux variantes peuvent coûter très cher à la stabilité et l’avenir du pays !!
Le cas Abou Iyadh est significatif à tous points de vue et illustre parfaitement cet état des contradictoire. D’un côté, le leader salafiste est toujours recherché par la police, pour être l’un des principaux instigateurs de l’appel à manifester vendredi devant l’ambassade américaine.D’un autre côté, il se met à narguer les autorités et à les défier en public.
Il faudrait être naïf pour penser que le ministère de l’Intérieur tunisien avec tous ses effectifs et ses renseignements ne peut pas l’arrêter, alors qu’il se promène entre la capitale et la banlieue sud.
Cette passivité doublée d’un certain immobilisme sont l’illustration du blocage qui frappe les plus hautes sphères de l’Etat.
La contradiction va plus loin au point de « gêner » les autorités. Abou Iyadh, connu pour appartenir à la branche djihadiste, ne cesse de prôner un discours pacifiste et ne cesse d’ appeler au calme, mettant les forces de l’ordre devant leurs responsabilités, celles de ne pas déclencher les hostilités qui pourraient se transformer en un bain de sang !
Après la patience, le gouvernement d’Ennahdha va-t-il passer à la répression ? Le mouvement se rend bien compte, aujourd’hui, qu’à force de jouer avec le feu, pour soi-disant satisfaire tout le monde, on peut se brûler les doigts.
La vraie question est de savoir si les Américains ont l’intention de « lâcher » Ennahdha ou de le soutenir et quelle stratégie prônent-ils pour faire face à la montée du salafisme djihadiste en Tunisie et dans le monde musulman ?
C. M.
Discussion about this post