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Tunisie: l’heure de vérité sonnera-t-elle un jour au Ministre de l’Intérieur ?

4 août 2011
in Chroniques
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Qu’est ce que tu risques si tu es tunisien et tu oses critiquer ouvertement notre Ministère de l’Intérieur ? On ne pouvait avoir aucun doute sur les conséquences d’un geste de ce genre au temps du dictateur Ben Ali, d’ailleurs à qui pouvait venir l’idée suicidaire de le faire.

On finissait entre les griffes de la police politique, par exemple, pour ses convictions politiques, n’importe quelle vision du monde on pouvait avoir d’ailleurs. Si l’appareil de surveillance parmi les plus sophistiqués au monde détectait en toi un suspect potentiel qui pouvait oser penser mettre en question le régime alors tu passais du statut du simple citoyen fiché et contrôlé, à ennemi de l’Etat.

Peu importait si tu étais communiste, islamiste, centriste ou  démocrate, si tu osais hausser le regard et ouvrir la gueule alors on te trainait dans les bas fonds de l’humiliation et de la mortification inhumaine.

Je ne voudrais point mêler les émotions à mon écrit même si les mots qui me viennent à l’esprit en ce moment ne sont que douleur, animosité et haine, contre un système que le peuple est allé un 14 janvier appeler à détruire à coup de cris devant le symbole qui le figurait , qui le menait, qui l’incarnait.

Les images de la Tunisie qui avait osé désacraliser le « trottoir » du ministère de l’intérieur en y posant les pieds et en y manifestant ont fait le tour du monde et je suis convaincue que nous ne les oublierons jamais, pour la force du symbole, nous tenus par les chaines de la peur de ce que pouvait nous faire la police.

Aujourd’hui la question cruciale qui se pose est si nous ne sommes pas restés sur le trottoir sans réussir à éliminer la gangrène qui bouffe cet espace brute qu’est le Ministère de l’Intérieur. Et la réponse que je hasarde se résume en trois mots : SANS AUCUN DOUTE.

Aujourd’hui nous avons besoin de soulever le couvercle pour découvrir la putréfaction qui y réside, celle que seuls les damnés qui ont eu le malheur de visiter ses sous-sols peuvent nous raconter. Quelques uns ont essayé de le faire, de l’intérieur, comme Samir Feriani qui a bravé le silence des coupables pour le voir disparaitre lui-aussi, comme nous pouvions tous imaginer, accusé d’avoir défié le système de l’omerta le plus puissant de notre pays.

Qui ose parler de la « Dakhiliya » ? Rajhi, maladroit et inconscient, d’après le pouvoir en place a dépassé les bornes et inévitablement est fini devant la « justice ». Imed Barboura, journaliste de la télévision tunisienne, a voulu un peu trop appuyer sur l’abcès, imaginons s’il avait eu l’idée saugrenue de le crever,  s’est vu écarter de la programmation du Journal Télévisé, pour « questions de scheduling ».

Quand on dénonce le Ministère de l’intérieur on ne parle point de la police simple, celle qui dirigeait la circulation ou celle qui assurait la sécurité des citoyens, on ne regarde pas non plus les agents des sections spéciales, agents de l’espionnage et de contre-espionnage.

Le problème central est la police politique et ses patrons, celle qui a été apparemment démantelée mais dont aucun dossier n’a a été rendu public. Démanteler un service de ce genre ne signifie pas tout simplement d’effacer avec la gomme son rôle de l’organigramme du ministère mais de dénoncer les pratiques précédentes, raconter ce qui s’y est passé, juger les responsables d’éventuels abus, ouvrir les dossiers.

« Sureté de l’Etat » voilà une expression qu’on utilisait pour prétexter les abus. Aujourd’hui ce même terme est employé pour ne pas dévoiler l’inénarrable, pour protéger les têtes des « intouchables », ou tout simplement pour ne pas mettre à la lumière du jour ce que les ex-ministres des dernières décennies ont pu faire, voir ou fait semblant de ne pas voir.

Monsieur le premier Ministre provisoire, Béji Caied Essebsi, vous qui avez été ministre de l’intérieur pendant des années, pourquoi ne nous permettez-vous pas d’accéder aux dossiers de votre ex portefeuille, fut-ce même seulement sous Bourguiba, vous qui devriez garantir la transition démocratique de ce pays ?

Que trouverons-nous dans ces dossiers secrets ? D’une part  les noms de tous ceux que vous contrôliez et de l’autre les abus faits. Aucun risque pour la « sureté de l’Etat » quant à la divulgation des noms contrôlés par la police politique, le peuple est là et se connait, ou presque, des opposants politiques qui aujourd’hui passent à la télévision aux membres de toute famille tunisienne qui un jour ou l’autre a été accusé de quelque tentative de subversion contre le régime maudit.

Restent les détails malsains, les histoires morbides ou encore les pratiques inhumaines : celles-ci ne vous appartiennent pas Messieurs du Ministère de l’intérieur. Elles appartiennent à toutes ces familles qui ont vu disparaitre leurs fils et filles dans les filets venimeux de vos bourreaux, ceux qui se sont exilés pour fuir les menaces et les supplices, ceux qui n’ont pu enterrer leurs mères ou accompagner la douleur de leurs proches car lointains de leur terre pour avoir pensé différemment.

Au nom de ceux qui ont vu voler leur vie par les viols et les violences corporelles. Au nom de ceux qui ont vécu dans la peur de ces supplices. Au nom de tous ceux qui ont passé les ramadans de leur vie dans la douleur de l’absence. Au nom de ceux qui ont fuit sans savoir ce qu’ils fuyaient. Au nom de ceux qui ont survécu aux geôles de l’ex régime et ceux qui n’y ont pas survécu. Nous voulons connaitre la vérité.

Le jour où les caves du ministère de l’Intérieur s’ouvriront et nous saurons ce qu’a été notre histoire, nous pourrons ne plus nous étonner face à des images crues de tortures que les tortionnaires mêmes filmaient pour leur gloire personnelle.

Si encore aujourd’hui des jeunes meurent sous la torture dans notre pays c’est que quelque part le mal n’a pas été éradiqué. Si nous avons encore peur de mettre en cause le fantôme du Ministère de l’Intérieur c’est que quelque part le mal est encore en nous.

Par Wejdane Majeri

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