Dans une interview accordée au journal français France-Soir, M. Mezri Haddad, ancien ambassadeur de la Tunisie à l’Unesco, qui avait démissionné le jour même de la chute du régime, attaque le mouvement Ennahdha.
Quelques semaines après la victoire d’Ennahdha aux élections de l’assemblée constituante, M. Haddad indique que l’idéologie d’Ennahdha est fondée sur la confusion totale du religieux et du politique. Elle ne peut donc être que philosophiquement totalitaire.
Et M. Mezri Haddad continue sur sa lancée en prévoyant que «les islamistes tunisiens ne couperont pas la main aux voleurs, ils ne reviendront pas tout de suite sur le Code du statut personnel bourguibien qui accorde aux femmes des droits comme nulle part ailleurs dans le monde arabe. Ils ne fermeront pas non plus les hôtels, mais ils feront appel au tourisme islamique. Ils ne reviendront pas sur les orientations libérales de l’économie tunisienne, mais ils accentueront au contraire les pratiques de l’économie de marché, selon l’orthodoxie américaine. Ils ne forceront pas les femmes à porter le voile, mais c’est la pression sociale qui les y contraindra. Ils n’aboliront pas le système de l’éducation nationale modernisé par Mohamed Charfi, mais ils réformeront les manuels scolaires dans le sens contraire. Ils ne changeront pas radicalement les lois civiles et pénales, mais ils travailleront à leurs progressive « chariatisation »… Dans tous les domaines de la vie politique, économique, sociale et culturelle, ils procéderont par petites touches, de façon graduelle, par islamisme « modéré ». Tout dépendra aussi du poids et de l’action des mouvements progressistes.»
Et pour finir Mezri Haddad, explique la raison qui a poussé tant de tunisiens à voter Ennahdha.. Selon lui, «la majorité des électeurs pensent réellement que l’islamisme incarne la pureté morale, que voter pour eux c’est agir en « bon musulman ». C’est cette confusion entre islam et islamisme qui constitue la force majeure d’Ennahda. Si l’acte d’élire est psychologiquement conditionné par la crainte de l’enfer ou la convoitise du paradis, le jeu démocratique est d’emblée faussé.»
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