
Depuis quelques jours, les médias internationaux ne vivent que par les tueries de Montauban et de Toulouse perpétrées par celui que l’on connait
comme étant Mohamed Merah, un français salafiste djihadiste « d’origine algérienne » qui a tué trois soldats français « d’origine maghrébine » et ensuite quatre civils français « de confession Israélites » dont 3 enfants âgés respectivement de 3, 5 et 7 ans.
Mohamed Merah vient d’être tué par le GIGN après 33 heures de siège et en fonction de la position géographique dans laquelle on se trouve par rapport à la Méditerranée, tout le monde est scandalisé même si ce n’est pas toujours pour les mêmes raisons.
En France, cette tuerie qui est en fait une histoire de crime franco-française a une charge émotionnelle évidente car les victimes sont des êtres irréprochables : Des enfants innocents et des militaires en uniforme (l’un d’eux allait être papa dans 2 mois).
Il faut reconnaitre que la classe politique dans son ensemble a tenté d’être digne et mesuré. Les institutions religieuses ont été unanimes quand à la nécessité de garder raison et il faut saluer la position du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) qui par la voix de son président Richard Prasquier et en présence du recteur de la Grande Mosquée de Paris Dalil Boubaker a déclaré : « Il est hors de question pour nous de faire l’amalgame entre l’islam, une religion parmi les autres religions sur le territoire français, et des expressions terroristes qui sont un danger pour notre République ».
Et puis il y a l’exception. L’extrême-droite et Marine Le Pen, digne fille de son père qui malgré des mois de travail sur soi pour montrer qu’elle était une républicaine convaincue tout à fait fréquentable « a rechuté » à la vue du sang et a succombé à son naturel fait de haine de l’autre et de populisme simpliste. Les pires instincts de la bête immonde ont ressurgi pour profiter d’un malheur afin de se refaire une santé dans une campagne électorale qui commençait à être plutôt plié en faveur du candidat socialiste François Hollande, présidentiable par défaut comme allait l’être sa victoire prochaine. La droite plus traditionnelle menée par Nicolas Sarkozy va-t-elle en profiter aussi. Probablement, une fois le choc passé et la blessure moins saillante.
Et de ce côté-ci de la Méditerranée me direz vous ? Et bien de ce côté-ci, passé l’instantanéité de la tuerie, tout le monde a attendu l’après choc médiatique qui n’a pas tardé à venir. Le Figaro a titré dans son édition du jeudi en première page « Mohamed Merah, 27 ans, terroriste, islamiste ». Et à la lecture de cette une, est montée une clameur tunisienne indignée qui met en avant les relents racistes et les agendas conspirationnistes d’une certaine presse française à la solde de l’internationale sioniste et islamophobe qui ne s’émeut guère quand des enfants palestiniens sont bombardés à Gaza.
Faut-il s’étonner du parti pris de beaucoup de milieux politiques et journalistiques français en faveur d’Israël et de la politique du deux poids deux mesures? Bien sur que non et c’est à vomir !
Le Figaro a-t il eu tort de faire une telle première page ? Bien sur que non ! Après tout c’est un journal de droite qui roule pour Sarkozy et qui voit là une aubaine pour requinquer son champion qui est si mal en point.
Mohamed Merah a-t’il 27 ans, est il terroriste et islamiste comme l’a justement écrit Le Figaro ? Tout à fait! Lui-même le réclamait, il a été formé et à combattu en Afghanistan et au Pakistan et beaucoup d’éléments sont en train d’apparaitre pour rejeter la thèse du tueur solitaire.
Mais comme je le disais plus haut, il s’agit d’une histoire franco-française.
Le vrai scoop journalistique, chers compatriotes tunisiens se trouve dans d’autres journaux et il est passé relativement inaperçu ! Il se trouve en page 8 du journal Le Monde du 20 Mars 2012 où notre Ministre de l’Intérieur, élu du parti Islamiste au pouvoir Ennahdha dit qu’un affrontement avec les salafistes jihadistes est «inévitable» et que ce phénomène «est aujourd’hui le plus grand danger pour la Tunisie et je sais que je vais devoir mener une grande bataille» tout en expliquant dans le détail l’affaire des terroristes salafistes de Bir Ali Khelifa qui voulaient renverser la république et instaurer le Califat.
Voila une prise de position bien tranchée au moment même ou un autre membre du gouvernement comme le ministre des affaires religieuses, Nourredine Khadmi est présent à chaque visite de prédicateur salafiste du Moyen Orient et qu’il continue à mener la prière du vendredi à la Mosquée Al Fath de Tunis, mosquée d’où partent toutes les manifestations à caractère politique. Plusieurs témoignages de gens du quartier qui prient là depuis plus de 20 ans rapportent que ses prêches sont si virulents qu’ils ont été forcés de changer de mosquées afin de retrouver la paix nécessaire et propice à la prière et à la méditation.
L’autre scoop qui a traversé furtivement le trop plein d’information quotidien était dans le journal en ligne tunisien Mag14 et qui dans son édition du 16 Mars 2012 titre : « Djihadistes tunisiens bientôt de retour d’Irak? » L’article nous apprend que 24 tunisiens emprisonnés dans ce pays en guerre seront bientôt rapatriés en Tunisie ainsi que les dépouilles de 134 autres qui sont morts soit au combat, soit après avoir été arrêtés. Le journal nous rappelle que le jeune Yosri Trigui emprisonné en Irak depuis 2006, a été exécuté le 16 novembre 2011, malgré l’intervention du président du mouvement Ennahdha, M. Rached Ghannouchi auprès du premier ministre irakien. Trigui était accusé par la justice irakienne de faire partie de la nébuleuse Al Qaida, et d’avoir trempé dans les attentats qui ont visé les mausolées d’Ali El Hédi, et de Hassen El Askri. Le meurtre de la journaliste Attouar Bahjet lui a également été attribué… Sa dépouille a été rapatriée en Tunisie le 23 novembre 2011. Son cercueil a été accueilli par les drapeaux noirs, brandis par quelques centaines de salafistes à l’aéroport de Tunis Carthage, aux cris de «transmets nos salutations à Ben Laden». Toujours selon le même article qui cite Le Figaro, des sources militaires américaines ont affirmé en avril 2008, «la Tunisie représenterait par tête d’habitant le plus gros contingent de djihadistes en Irak».
La concordance des évènements est peut être fortuite mais elle a des incidences réelles sur notre pays.
Il est des questions qu’il est légitime de poser. En quoi ces salafistes djihadistes qui reviennent d’Irak sont ils différents de Mohamed Merah, le français ? Seront-ils accueillis à l’aéroport comme des repris de justice par la police de M. Ali Laarayedh, ministre de l’intérieur du gouvernement tunisien et membre de Ennahdha, ou en héros par les « Ansar » compagnons salafistes de M. Nourredine Khadmi, ministre des affaires religieuses du gouvernement tunisien et membre de Ennahdha ?
Tous ces salafistes djihadistes qui sont actuellement en prison en Irak continueront-ils à purger leur peine en Tunisie ou est ce que le président de la république provisoire dans un accès de magnanimité devenu récurrent va leur offrir une grâce ? Il est intéressant de noter que dans son interview au journal Le Monde, Mr Laarayedh nous apprend que l’un des chefs de ces djihadistes, un dénommé Abou Ayad avait été amnistié en Mars 2011, qu’il dit « qu’il ne prêche pas la violence » mais que lui-même ministre de l’intérieur « n’en est pas sur ».
Avec si peu de certitudes quand à ses intentions et tant d’éléments concrets qui prouve que nous ne sommes pas à l’abri d’un excès de violence, n’aurait il pas été plus sage de ne pas le relâcher lui et ses semblables ? A moins que l’indulgence pour ceux que Rached Ghannouchi a appelé « nos fils » pousse à prendre quelques risques et Allah finira bien par nous protéger comme il l’a fait pour nos compatriotes piégés en Syrie ou nos frères coincés dans les neiges de Ain Draham ou les inondations de Bou Salem.
Ce qui est bien avec les gens de grande foi, c’est qu’elle ne vacille jamais et qu’ils n’y verront jamais du fatalisme, même devant des preuves irréfutables. Il ne leur viendrait jamais à l’idée que si ce fatalisme se transforme en catastrophe et bien ils en sont les seuls responsables à défaut d’en être complices.
Alors sommes-nous à l’abri de ce qui vient de se passer en France ? Dans mon optimisme légendaire et souvent béat, je l’espère et je le crois. Du moins je le croyais jusqu’à ce qu’une conjonction d’évènements ne me fasse douter. Cela a commencé le 8 Mars dernier, journée internationale de la Femme. J’étais invité par la Maison des Jeunes de Oued Ellil à projeter le film de Mourad Ben Cheikh « plus Jamais peur » et à animer dans la foulée un débat sur les Femmes et la Révolution. Dès la fin de la projection, j’ai remarqué un homme d’un certain âge à la barbe blanche bien lissée portant chéchia et manteau. La discussion portait sur le rôle exemplaire de la femme tunisienne depuis Elyssa quand notre ami demanda la parole au moment même où une douzaine de jeunes entre 15 et 20 venait d’arriver.
Il accapara la parole pendant 10 bonnes minutes et son discours totalement formaté et simpliste et ponctué de citations coraniques rejetait le film sous couvert qu’il était trop biaisé vers la gauche et qu’il ne montrait pas les souffrances des « frères » islamistes. Je lui ai expliqué qu’un film est une œuvre personnelle faite par un réalisateur, que celui-ci avait fait le choix de suivre des personnages dont Lina Ben Mhenni et Radhia Nasraoui entre le 14 Janvier 2012 et la fin de Kasbah 1 et qu’il était normal qu’on ne voit pas d’Islamistes vu qu’à l’époque, ils n’étaient dans aucun radar. C’est là que les jeunes qui visiblement le connaissaient sont devenus turbulents et ont demandé la parole. Trois sont intervenus et c’était le même rituel et les mêmes incantations. Bismillah Arahman arahim, l’Islam est en danger. Bismilah arahman arahim, qui vous dit que celui qui a baissé le drapeau national à la Manouba n’est pas un moundass, Bismillah Arahman arahim mélanger des hommes et des femmes dans un lieu public comme la maison de jeunes est un péché mortel. Tout cela sous le sourire ou plutôt le ricanement narquois du vieil homme. Je me suis dit que tous ces jeunes pouvaient aisément basculer du côté du salafisme jihadiste mais ils n’étaient pas les plus dangereux. Le plus dangereux était ce vieil homme qui était certainement un salafiste, pas jihadiste mais probablement se voyait comme un prédicateur. Il était surtout un manipulateur d’esprits simples, un manipulateur de petits gamins paumés qui se sentaient grisés d’avoir de la valeur. Ce monsieur qui n’a d’ailleurs pas tenu 5 minutes quand j’ai engagé la conversation avec lui et qui a vite plié bagages sans demander son reste.
Quand j’y pense aujourd’hui, je me dis que ses gamins ne deviendront probablement pas des terroristes mais ils pourraient très bien servir de relais ou de « mules » à ceux qui reviennent endurcis par le combat et les prisons d’Irak ou d’Afghanistan.
Au moment, où beaucoup de gens mettent en avant que les médias français ont sournoisement insisté sur la religion de Mohamed Merah « qui n’a tué que 7 personnes personnes par rapport au tueur norvégien qui en a tué 77 l’année dernière » comme si l’horreur meurtrière était quantifiable, je ne peux non plus m’empêcher de penser à un autre chiffre encore plus effrayant.
Depuis le 11 Septembre 2001, 80% des victimes du terrorisme islamiste sont des musulmans.
Je sais que certaines vérités de mon article mettront mal à l’aise beaucoup de mes amis et on me sortira le sempiternel argument, « oui mais la majorité des musulmans est modérée ». Sans aucun doute, mais ce dont l’Islam a besoin aujourd’hui, ce n’est pas de musulmans modérés mais de musulmans courageux!
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