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Tunisie: Où va notre enseignement ?

23 novembre 2016
in Chroniques
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Le secteur de l’enseignement est en pleine ébullition. Décidément, la reforme tant attendue, une fois sa mise en place entamée, ne réussit à convaincre personne. Ni les enseignants, ni les élevés, ni les parents n’ont exprimé la volonté d’adhérer à cet effort de réforme annoncé par Naji Jelloul, ministre de l’Education, dès sa désignation au poste de ministre voilà déjà deux ans.
 
Certes, souvent le refus d’une reforme peut s’expliquer par un penchant de conformisme et de réformisme qui anime certains acteurs, mais lorsque le refus est général, lorsqu’il vient de la part de toutes les parties concernées par la reforme, là, il y a un problème. Alors on est en droit de nous demander qu’est-ce qui ne marche pas dans l’actuelle réforme de l’enseignement ? Est-ce qu’il s’agit d’un refus du principe de réforme en lui-même, ou d’un refus de la manière par laquelle s’est opérée la réforme ? Est-ce que cela s’explique par le fait que les mesures qui ont été prises dans ce nouveau projet de réforme sont considérées par les différents acteurs comme étant en-deçà des attentes et ne répondant pas aux besoins des différentes parties qui s’attendent à ce que l’enseignement devienne réellement la locomotive du développement et du progrès social, ou bien c’est par refus de ce progrès véhiculé par le système éducatif et en quête d’un nouveau modèle de société dans lequel l’éducation n’est pas uniquement un pilier, mais aussi l’expression et la manifestation ?
 
Notons tout d’abord que l’enseignement est une question à prendre au sérieux, qu’il doit être épargné des calculs politiques et des dogmes idéologiques, car c’est le futur de toute une société qui se joue au sein de ses institutions et établissement, c’est même l’âme de toute société. 
 
Commençons par le début, les décideurs ont voulu que ce projet de réforme soit participatif, c’est pourquoi ils y ont impliqué la société civile. Mieux encore, l’opération dans sa totalité a été tripartite, elle s’est faite dans le cadre d’un partenariat entre le ministère de l’Education, les syndicats de l’enseignement et l’institut arabe des droits de l’homme. Et c’est à ce niveau précisément qu’on peut relever une anomalie. 
 
Certes, on ne peut pas négliger la contribution des syndicats des enseignants dans le projet de réforme, mais ces derniers, vu leur caractère et leur vocation, ne représentent qu’une seule dimension et ne peuvent pas intervenir dans toutes les problématiques que pose la réforme. De même, pour l’institut arabe des droits de l’homme où l’on voit mal quelle contribution peut-il apporter à la réforme de l’enseignement.
 
Or la société civile tunisienne regorge d’organisations et d’associations plus représentatives des parties intervenantes dans le secteur éducatif. On peut citer l’organisation tunisienne de l’éducation et de la famille, une organisation qui représente la famille dans sa relation au domaine éducatif, une organisation qui a de longues traditions et une grande expérience dans ce domaine, mais qui a été injustifiablement exclue de ce processus. 
 
Bien d’autres associations actives dans ce domaine ont été aussi exclues, et l’on se demande comment on pourrait garantir l’adhésion de la société dans ce processus alors que la majorité de ces composantes ont été exclues ? il paraît clair que pour Néji Jalloul, l’enjeu de la reforme éducative est un enjeu politique au sens restreint du terme. Mais voilà maintenant que ses partenaires syndicaux le laissent tomber se dirigeant vers la formulation d’une nouvelle réclamation : le limogeage du ministre de l’Enseignement, surtout que ce dernier peu communicateur, leur donne, par ses déclarations, parfois mal placées, et par ses hésitations indignes d’un haut responsable l’occasion de contester son statut de ministre de l’Education.
 
Cerise sur le gâteau, les lycéens, entrés déjà depuis quelques jours dans un mouvement de protestation contre la réforme du système de contrôle continu, ont défilé aujourd’hui devant le ministère de l’Education, à la place El Kasbah et à l’avenue Bourguiba. Déjà la nouvelle répartition des vacances scolaires n’a plu à personne, ni les enseignants, ni les élèves, ni les parents ne sont convaincus de l’utilité et des bienfaits d’une telle répartition. Surtout que, paradoxalement, cette répartition a été dictée, selon le ministre, par le fait que nos élèves passent moins de jours d’école que leurs pairs dans d’autres pays, cependant, cette nouvelle répartition a donné plus de jours de vacances que la précédente.
 
Notre éducation est certes en mauvaise passe ; c’est un secteur, qui était par ailleurs autre fois, la fierté de la Tunisie, qui n’arrête pas depuis des années de régresser. Et voilà qu’on se dirige actuellement vers une nouvelle strate dans le processus de décadence. Les problèmes liés au niveau de l’enseignement semblent être relégués à un rang secondaire face au nouveau phénomène qui non seulement a réussi à pénétrer nos établissements scolaires, mais aussi à y gagner du terrain. Il s’agit là certainement des problèmes liés à la violence et à d’autres formes de délinquance.
 
Où va notre enseignement ? C’est la question que se posent toutes les parties concernées. Mais dans la conjoncture actuelle, il ne s’agit pas d’une simple question, mais plutôt d’un cri d’alarme. Désormais, le milieu scolaire devient un milieu où tout peut arriver. Le problème est que lorsqu’on en parle pas, lorsqu’on n’y réfléchit pas hors de la logique politicienne, tout cela deviendra normal. Et c’est la notre grand problème.
 
Malgré tout, certaines lueurs d’espoir demeurent encore. Le tableau n’est pas entièrement noir, cependant, la moindre des choses qu’une reforme peut apporter, est de faire en sorte que l’exception ne devienne pas règle.
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