
Le colonel Sami Sik Salem, conseiller auprès du Président de la République
chargé de la direction générale de la sécurité présidentielle et des personnalités officielles
Après l’attaque honteuse dont a été victime l’ambassade US à Tunis, voici venu le temps des interrogations, mais aussi des critiques. Nombre de médias et responsables politiques de l’opposition ont du mal à comprendre comment un pays comme la Tunisie pouvait-il échouer à assurer la sécurité d’une ambassade étrangère, alors que la menace était palpable, évidente même pour le moins rompu aux arcanes de la chose sécuritaire.
L’incompréhension, mêlée d’indignation, restait de mise pour nombre de Tunisiens qui ne comprennent toujours pas comment une police « rodée » comme la nôtre a pu se laisser déborder par des manifestants, quel que soit leur nombre. De nombreux témoignages sur les réseaux sociaux, émanant d’internautes présents sur les lieux au moment de l’attaque, révèlent que les voies d’accès à l’ambassade n’étaient pas toutes bloquées. Et que les policiers en face, en nombre très insignifiant, ne pouvaient résister longtemps, vu qu’ils ont même manqué de gaz lacrymogène.
Les salafistes ont rémunéré des adolescents
Le témoignage de cet internaute est édifiant: « Je suis arrivé à 14h30 à proximité de l’Ambassade Américaine située aux Berges du Lac. Dès 13h27, à la sortie de la prière du vendredi, j’ai été alerté par les fidèles qui hurlaient « Allah Akbar ». La police, présente en force dans la capitale, a laissé les militants salafistes prendre la direction de l’Ambassade US.Des camionnettes attendaient les fidèles pour les emmener sur les lieux. Les autres allaient à pieds. Aucune police ne les a stoppés net. A partir de 14h, une cinquantaine de manifestants s’ennuyait devant la représentation des Etats-Unis. Puis la foule est arrivée.
Les salafistes, stratèges, ont rémunéré des adolescents – moyennant un casse-croûte, un billet de dix dinars – pour qu’ils soient en première ligne. J’ai vu des petits groupes d’ados dirigés par un adulte, leur fournissant pierres et slogans. La guérilla a alors commencé. Problème: des quatre murs de l’enceinte de l’Ambassade, un seul était gardé par la police: celui de l’entrée principale. Les assaillants ont alors mis le feu aux broussailles qui entourent le lieu.
La police, en sous-nombre, s’est retrouvée déborder par un millier de salafistes, hommes & femmes. Les adolescents furent mis en boucliers par les chefs, ce qui empêchait la police d’agir par peur de tuer des quasi enfants. J’ai assisté à des scènes d’une violence jamais vue en Tunisie. L’Ambassade des Etats-Unis borde une deux fois quatre voies. La circulation a été bloquée par les salafistes, certains faisant la prière au milieu de la route pour « remercier Dieu qui leur donne du courage. » Des drapeaux américains ont été brûlés en place publique avant que l’armée de salafiste, 1000/1500 selon certains colonels, entre dans l’Ambassade dont trois murs sur trois n’étaient pas surveillées. Le drapeau noir pirate des salafistes a alors remplacé le drapeau US. «
La violence à laquelle j’ai assisté ce jour n’a jamais existé en Tunisie. Et le peuple tunisien ne le digère pas. A quelques exceptions près. Ce soir, l’Ambassade américaine est un champ de ruines. 30 voitures ont été incendiées ainsi que les locaux techniques. La police, malgré l’absence d’ordre du Ministère de l’Intérieur, a fait passer le message aux manifestants que s’ils touchaient aux employés, ils emploieraient le tir à balles réelles. Les employés tunisiens et américains ont passé la journée dans une salle sécurisée. Ils ont été « exfiltré » vers 21h30 . »
Ils n’ont pas bougé le petit doigt !
Par ailleurs, les supputations allaient bon train. L’on raconte que l’ambassadeur US après avoir appelé les autorités pour demander des renforts, ces derniers n’auraient pas bougé le petit doigt. C’est alors qu’il fit appel au Président Provisoire Moncef Marzouki, qui n’a pas hésité à dépêcher sur place la garde présidentielle.
Cette hypothèse vient d’être évoquée, d’une autre manière, par Time. Le magazine américain rapporte que suite à une communication téléphonique le 14 septembre entre Hillary Clinton et Moncef Marzouki, ce dernier a dépêché la garde présidentielle à l’ambassade US où se déroulait la manifestation dans le but d’appuyer la police et les forces militaires.
Le magazine a indiqué aussi qu’Adnen Mansar, porte-parole de la Présidence de la République a confirmé, lors d’un entretien avec « Time » que la présidence avait envoyé des centaines de membres de la garde présidentielle, suite à deux appels de la part de Mme Clinton vendredi, ajoutant que la moitié des arrestations ont été effectuées par la garde présidentielle.
Bien que considéré comme exagéré par Sahbi Attig, membre d’Ennahdha dans un débat télévisé diffusé hier sur Watania 1 ; qui a estimé que c’est la conjugaison des efforts de la police, de l’armée et de la garde nationale, qui a mis fin aux émeutes, la version de l’intervention salvatrice de la garde présidentielle a été encore une fois confirmée par le porte-parole de la présidence Adnen Mansar.
E. M.
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