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Tunisie : Stéphane Hessel, une rencontre qui amène à la réflexion…

14 mars 2011
in Chroniques
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« Aux jeunes, je dis : regardez autour de vous, vous y trouverez les thèmes qui justifient votre indignation. (…) Je vous souhaite à tous,

à chacun d’entre vous d’avoir votre motif d’indignation. C’est précieux ». Stéphane Hessel, « Indignez-vous ! ».

Le 12 Mars 2011, j’ai eu la chance d’assister au colloque international « Passions, pouvoirs et institution »  organisé à Tunis et dont l’invité d’honneur fût Stéphane Hessel : une rencontre de solidarité, de compréhension, de fraternité et surtout de réflexion.

Une profonde pensée d’espoir et d’une grande vision d’un sage m’avait tant interpelée, celle de Stéphane Hessel. En écoutant ces propos, je n’ai pas résisté à l’envie de noter quelques citations qui transposaient déjà des fragments d’un texte allégorique où je relaterai l’expérience d’une Tunisie révoltée, qui avait déjà trouvé son motif d’indignation. L’indignation d’une jeunesse, auparavant négligée, sans perspectives d’avenir, qui, aujourd’hui, est à nouveau née  pour réussir à donner acte et à imposer un revirement politique et une instance de liberté.

Cette jeunesse a donné signe de malaise depuis déjà quelques années. En effet, le « syndrome » de ce mal-être présentait des symptômes variés, d’origine diverses, avec un visage commun ; celui de la jeunesse.

Une jeunesse qui ne comprenait pas quels étaient vraiment ses rapports avec le pouvoir, pourquoi est-elle exclue du système du pouvoir, exclue des lieux du savoir et des sphères décisionnelles de leur pays ? Et surtout comment celui-ci percevait ses aspirations, quel était l’impact de sa colère pour faire secouer le régime sclérosé…maintes questions mais aucune réponse ! Juste un silence assourdissant parfois même troublant qui enfonçait encore ce mal.

Briser ce mur de silence, briser le mur de la peur étaient nos plus fortes armes, notre légitime défense, notre espoir de s’indigner !  Le 14 janvier  2010 en était le symbole d’un réveil qui se veut optimiste sur l’avenir de notre pays.

C’est une nouvelle Tunisie, un nouveau peuple, une « nouvelle » jeunesse. Fougueuse, enthousiaste, dévouée, elle a su imposer la marche pour la liberté. Révoltée par un régime véreux, elle est sortie pour être délivrée. Sa fièvre militante a balayé le régime oppressant et la dictature affligeante pour laisser la place aux libertés  et donner naissance à une révolution démocratique digne.

Digne et redevable surtout à nos frères du sud, qui étaient, pour longtemps, forcés d’exister et de vivre dans le silence de la frange politique.  Mais à travers  un acte désespéré de l’un des leurs et des nôtres, ils ont crée l’Evénement catalyseur d’une légitime défense de dignité ; c’est cette révolte contre les symboles d’un pouvoir et d’une dictature qui nous ont, tous, aveuglés, au point d’oublier nos droits  mêmes les plus légitimes.

Des droits qu’on clamait contre toute évidence pour que la démocratie fasse son chemin en Tunisie. Néanmoins, le silence résonnait longtemps dans une sombre prison dans laquelle nous enferment les partisans de la dictature, les pires menaces de la paix et de la démocratie.

Heureusement, hier encore, notre jeunesse a démontré sa volonté, sa capacité impressionnante à défier toute restriction politique marginale, elle a imposé, par sa force et sa résistance le pouvoir de sa voix, qui dénié de peur, a écrasé la dictature. La voix du peuple en était le magistral de cette révolution.   

Figure d’exemple, la Tunisie a eu ce potentiel de transformer « l’impossible révolution » en un mouvement révolutionnaire inévitable même nécessaire. Cet exemple qui montrait, quelque mois auparavant, une modernité et une stabilité de façade, appuyée par un soutien occidental en faveur de la dictature, a fini par éclater et déverser toute sa rage. Dés lors, il n’est plus possible pour ce régime ou d’autres régimes arabes de s’abriter derrière des « succès » économiques pour détourner les lois répressives.

Nous savons déjà et nous en témoignons que le verrouillage de la vie politique et de l’accaparement du pouvoir étaient à la fois très dangereux et surtout trompeurs. Maintenant, il n’est plus possible de réaliser des réformes économiques, sociétales et culturelles sans les accompagner d’une ouverture politique. Là, les politiques étrangères doivent, urgemment, être révisées pour réaliser de nouveaux accords, promouvoir de nouvelles politiques et ainsi participer à démocratiser les sociétés arabes.

Concernant le processus de démocratisation de la Tunisie, ce travail sera aussi bien difficile, compliqué, lourd qu’ardent. Un travail profond et des réformes radicales qui doivent être entrepris. La voix du peuple et de la jeunesse Tunisienne guidera ce changement. Elle doit être entendue et elle décidera pour quelle forme ou quel régime politique elle aspirera.

Notre peuple est épris de paix, donc la réconciliation au sein de nos sociétés doit être fondée sur la compréhension, le respect et le dialogue constructif.

Ce n’est pas juste un accord politique mais c’est un engagement moral et une voix solidaire. Stéphane Hessel écrit vers la fin de son récit que « le message d’un Mandela ou d’un Luther King (…) est un message d’espoir dans la capacité des sociétés modernes à dépasser les conflits par une compréhension mutuelle et une patience vigilante ». Jeunesse, gardons bien cette leçon qui saura écrire notre mémoire.

 

Par Wafa Gabsi
Doctorante à l’Université Paris1, Panthéon La Sorbonne
Chercheur au Centre de Recherche Images, Cultures et Cognitions (CRICC, Paris)

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