
Taksim et le petit parc Gezi, dont la destruction annoncée a lancé la fronde, avait enregistré samedi soir sa plus forte affluence depuis le début du mouvement. Et les protestataires restent déterminés et mobilisés contre le gouvernement réclamant depuis dix jours la démission du chef de l’AKP, Tayyip Erdogan.
Il ne partira pas. Erdogan l’a fait savoir, le 9 juin, en demandant à ses partisans de se mobiliser à leur tour contre les dizaines de milliers de manifestants qui réclament son départ.Ainsi, le chef du gouvernement a renoué avec sa rhétorique offensive contre les « pillards » et les « extrémistes », et dénoncé un complot « organisé à l’intérieur et à l’extérieur » du pays.
Tout au long de la journée de dimanche, il a multiplié les discours télévisés devant des foules de partisans réunis par son Parti de la justice et du développement (AKP) pour occuper l’espace médiatique.
Le chef du gouvernement a laissé paraître son agacement devant la persistance de la contestation. « Nous restons patients, nous sommes toujours patients, mais notre patience à des limites », a-t-il menacé. « Nous ne rendrons pas de comptes à des groupes marginaux mais devant la nation (…) [qui] nous a amené au pouvoir et c’est elle seule qui nous en sortira », a-t-il poursuivi devant la foule chauffée à blanc qui scandait « La Turquie est fière de toi ».
La stratégie de la tension adoptée par le chef du gouvernement fait craindre des dérapages entre les manifestants et ses partisans et risque de déclencher une fatale épreuve de force mutuelle et irréversible.
Des incidents violents ont déjà eu lieu dans la nuit de samedi à dimanche entre les deux camps à Ankara. Et, selon les médias turcs, des échauffourées ont été également signalées à Adana (sud) à l’issue d’une manifestation entre opposants et partisans du Premier ministre.
La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a appelé dimanche à « une solution rapide » en Turquie et demandé aux opposants comme aux partisans de Tayyip Erdogan de faire preuve de « retenue ». (AFP)
Pour sa part, le prix Nobel de littérature, Orhan Pamuk, une voix respectée en Turquie, a lui-même confié son désarroi après plus d’une semaine d’une contestation sans précédent depuis l’arrivée au pouvoir de l’AKP en 2002. « Je suis inquiet car il n’y a toujours pas en vue de signes d’un dénouement pacifique », a déclaré l’écrivain lors d’une conférence à Rome, cité par la presse turque. Et « je comprends la façon de protester des gens », a-t-il ajouté. (AFP)
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