UGTT: La "variable" Taboubi

Il s’agit en effet d’une équation à géométrie variable, tant les choses ont tendance, depuis déjà 2021, à devenir ambivalentes, à coups de luttes pour la légitimité au sein de la plus ancienne et la plus importante structure syndicale en Tunisie et aussi en Afrique et à l’échelle arabe. Bien que sa taille fluctue, les derniers chiffres avancent près de 800 mille adhérents au sein de l’UGTT (quelque part on parle aussi d’un million), c’est-à-dire l’un des piliers, sinon le principal pilier de la société civile.
Or, la centrale syndicale est secouée par des remous internes, par vagues spasmodiques. En ce sens qu’elle s’est retrouvée empêtrée dans une crise sans fin, loin des fastes glorieux du Nobel de la paix. Les constances bousculent la mythique constante basée sur la solidité et la légitimité et, cela, depuis les temps héroïques de Hached, d’El Hammi et même de Habib Achour.
Taboubi est donc revenu sur sa démission, après que 45 membres de la Commission administrative nationale se soient rendus chez lui pour le lui demander. Un évènement ? Et si ce retour n’était simplement qu’un non-évènement ?...
La crise était récurrente. On la voyait venir depuis 2021, mais personne n’osait encore souffler sur les braises. Aujourd’hui, cependant, voilà que la crise s’intensifie à coups de dissidences et de fortes oppositions contre Taboubi et son équipe, oppositions menées par des syndicats actifs dans les structures de base et les structures intermédiaires.
La pomme de discorde ? Un passage en force effectué par Taboubi et le bureau exécutif en juillet 2021. Lors d’un congrès extraordinaire, ils ont procédé à l’amendement de l’article 20 (le fameux article 20) du règlement intérieur là où le verrou statutaire des deux mandats a tout bonnement sauté. Et c’est ainsi que, lors du congrès de février 2022, le bureau exécutif (Taboubi, Selmi, Amira, Tahri, Hefaiedh et d’autres, se sont fait « réélire » pour un troisième mandat. Depuis, la crise mijotait à petit feu…
Le point de bascule s’est néanmoins produit lorsqu’à l’issue de la réunion de la Commission administrative, Taboubi et son équipe décidaient que le prochain congrès se tiendrait les 25, 26 et 27 du mois de mars 2027. C’est là que la scission s’est produite. Parce qu’à l’opposé, une tendance menée par Anouar Ben Gaddour, Slaheddine Selmi , Tahar Mezzi, Monoem Amira et Othmane Jallouli exige la tenue de ce congrès pour le mois de mars prochain (et pas en 2027). Cette tendance exigeait aussi la tenue d’une réunion du Conseil national. Il y eut même une manifestation anti-Taboubi à la place Mohamed Ali. Bien des observateurs auront fait vite de conclure que la démission de Taboubi était tout bonnement une fuite en avant.
Quelque part aussi, on affirme que la centrale syndicale n’a pas pu (ou n’a pas su) tenir son rôle dans les négociations sociales avec l’Etat. De sorte que la Pouvoir décida de son propre chef les augmentations salariales ignorant l’UGTT. Il faut cependant nuancer : UGTT et UTICA n’étaient pas d’accord sur le mode d’emploi et, surtout, sur les variables des augmentations en fonction des corps de métiers. Et ces dissensions étaient déjà criardes depuis le gouvernement Bouden.
Aujourd’hui, cependant, et au-delà les guerres intestines, la centrale syndicale doit rééditer et exhumer les fondamentaux qui en ont fait un bastion au service des travailleurs. Est-ce déjà tard pour recoller les morceaux ?
Raouf Khalsi
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