
Triste spectacle que celui offert ces derniers temps par Nidaa Tounes qui se débat dans une bataille de leadership et de positionnement calamiteuse. Il y règne une atmosphère de guerre de clans et une fumée épaisse de règlement de compte se dégage des salons feutrés du mouvement avec pour seul objectif le contrôle de l’appareil.
Les dernières démissions des élus stars, le limogeage de Hedi Benzarti, coordinateur général du parti à Paris, les querelles intestines dans la section de France Nord, les controverses autour du comportement du coordinateur général du parti à l’étranger Raouf Khammasi, les défections des coordinations de Ben Arous et de Sfax et les luttes entre les divers clans minent et divisent un parti qui aborde un virage décisif à l’approche de son congrès prévu au mois de Mars 2014.
La déconfiture d’un Parti, longtemps présenté comme l’unique challenger d’Ennahda pour les prochaines échéances électorales, est annoncée comme envisageable.
Selon certaines sources, le mentor et l’architecte du mouvement Mr Beji Caïd Essebsi ne peut plus contenir l’appétit dévorant de ses jeunes tigres (en référence à sa fameuse métaphore pour expliquer la relation entre Ennahda et les salafistes).
En effet, venus d’horizons divers et animés par des convictions diamétralement opposées, les barons du jeune mouvement ne doivent leur réhabilitation pour les uns et leur soudaine notoriété pour l’autre qu’à leur affiliation au Parti et leur aliénation au guide suprême.
Mais tels des fauves, certains commencent à sortir leurs griffes et à mordre parait-il, dans la main de leur maître. Accusé par certains de favoritisme, le dompteur n’arrive plus semble t-il à contrôler sa meute.
C’est ainsi que Mondher Belhaj Ali, excédé semble t-il par son éviction des plateaux télé par la Direction de la Communication du Parti, a parait-il entrepris de contacter par ses propres moyens les animateurs pour se faire inviter et imposer de facto sa présence.
Au rang des « arrogants politiques », Nourredine Ben Ticha commence semble t-il à agacer de plus en plus de cadors bien pensants du parti qui voient dans son omniprésence médiatique une insulte à l’intégrité intellectuelle qui doit prévaloir au sein du parti et selon des sources concordantes on lui attribue ce traitement privilégié à la faveur de sa relation fusionnelle avec Ridha Belhaj, l’homme à tout faire au sein du parti.
L’émiettement ne s’arrête pas là et nous assistons depuis quelque temps à un tiraillement et des conflits au sein des bureaux du parti à l’étranger, ainsi qu’ à un isolement programmé de Lazhar Akremi, accusé semble t’il par le clan de Mohsen Marzouk d’être à la solde de l’homme d’affaires Chafik Jarraya, ennemi juré de Nidaa et proche d’Ennahda.
Akremi serait il la taupe infiltrée pour déstabiliser le mouvement à l’approche de son congrès ? Ou est’il victime de rivalités personnelles ou de la guerre des clans qui sévit dans le parti ?
Le grave séisme qui secoue le mouvement frappe aussi l’espoir de millions de tunisiens qui voient en Nidaa l’unique et le seul rempart contre une gouvernance islamiste.
Nidaa a été fondé autour du charisme de BCE, de sa capacité à fédérer et de sa mise en avant du legs de la première république Bourguibiste avec sa dimension moderniste et c’est avec beaucoup d’amertume que les tunisiens constatent que ce précieux héritage politique , social et intellectuel risque de voler en éclats, au vu des comportements de certains de ces loups que même, l’habilité , la doigté et la clairvoyance de si Béji n’arrivent plus à apprivoiser.
Les rivalités personnelles et les débats de fond, il n’y a rien de plus normal que cela. Mais, en aucune façon, il ne faut dénigrer ou trahir sa propre famille, éveiller la fibre régionaliste au sein du parti, installer la suspicion et miner une formation naissante par les divisions et l’égoïsme. Vous portez l’espoir de millions de tunisiens et vous incarnez le rêve d’une Tunisie meilleure et par respect à cette promesse d’alternance, vous devez vous montrer dignes et responsables.
Que peut valoir aujourd’hui un poste, un privilège, un appartement au Lac, une belle voiture ou un compte bancaire bien garni devant l’intérêt supérieur de la nation ? devant le modèle sociétal que vous devez bâtir ? ou encore devant l’héritage Bourguibiste que vous avez juré de préserver ?
Jalel JEDDI
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