Youssef Chahed, un novice de la politique qui triomphe !

Youssef Chahed, un novice de la politique qui triomphe !

Par Nadya B’Chir  

Jean d’Ormesson a écrit :”rien n’est plus difficile pour chacun d’entre nous que de situer ce qu’il a fait et de se situer soi-même à sa juste mesure”! La juste mesure, précisément!

Cette notion emprunte de plus en plus des allures étrangères à nous autres Tunisiens et de surcroît à nos chefs, ceux-là mêmes qui nous gouvernent. Ce qui se produit sur la scène politique sur les dernières semaines en est une parfaite illustration. Le dernier remaniement opéré au niveau du gouvernement et toute la fièvre qui l’a accompagné, le sont outre mesure.

C’est à croire que depuis 2011, l’on continue à chercher des inconnues dans une équation qui se veut gagnante à tout prix. Béji Caïed Essebsi, président de la République, nous a vendu il y a plus de deux ans, sa trouvaille quant à l’une de ces inconnues, la plus cruciale qui soit: un chef de gouvernement jeune, ambitieux, enthousiaste, nanti d’un bon vouloir sans équivoque et qui répond du nom de Youssef Chahed.

Le choix du président n’était pas établi simplement sur des critères fort louables et bien vendeurs, mais également sur le fait que le chef du gouvernement lui “mangerait un peu dans la main”. Il serait sa marionnette qu’il saura contrôler et orienter à sa guise, à l’endroit de ses intérêts. Un gentil type non expérimenté que rien ne pourra dévier du droit chemin de Béji Caïed Essebsi.

Un gentil parmi tant de méchants laissant apparaître les crocs sans vergogne aucune, somme toute un bon produit! Hélas, les calculs du président n'intégraient pas des paramètres venus d’ailleurs mais pas tant que cela!

En effet, Ennahdha, parti considéré comme partenaire ou collaborateur au pouvoir s’est emparé de la manne et a attiré peu à peu Youssef Chahed dans sa tanière. Très vite, il devient leur allié et fait à son tour ses propres calculs. Se voyant déjà en haut de l’affiche politique en préservant sa place pour quelques années encore, le chef du gouvernement n’a souffert aucun compromis quant à cette alliance considérée comme néfaste. Mieux encore, Chahed ne réfléchira pas à deux fois avant de se résoudre à sacrifier des noms pouvant lui faire barrage, à lui ou à son allié de taille. Partant du même principe, il n’hésitera pas non plus à nouer des petites alliances dites complémentaires comme celle avec le parti Machroû Tounes afin de conforter sa base parlementaire.

Pour pouvoir être suffisamment audacieux en vue de confronter le président de la République et son arsenal, Youssef Chahed n’a donc pas hésité à recourir aux mêmes instruments que ceux utilisés par son “père spirituel”: un accord implicite avec Ennahdha lui garantissant une assise confortable dans son exercice actuel mais également lors des prochaines échéances électorales.

Bien joué! Youssef Chahed a compris qu’il n’avait rien à perdre et tout à y gagner en s’engageant dans cette alliance. Comment? Et les démocrates progressistes criant aux islamistes et à leur funeste projet sociétal?

Ces esprits qui façonnent une belle frange de la société et qui sont les mieux à même de représenter une Tunisie ouverte et moderne? L’on repassera! Ils sont en pleine effervescence, ils crient au loup dans la bergerie, ils protestent à gorges déployées la situation économique et sociale, cette descente aux enfers interminable, ils sont les défenseurs des démunis et du pouvoir d’achat fracturé et ils acclament juste et à raison. Soit! Tout cela est bien beau jusqu’à ce que les sonnettes de la triste réalité claironnent et mettent à nu le pleutre qui habite chacun d’entre eux.

Cela vaut aussi bien pour la sphère de l’élite et des intellectuels savants de leur état que pour celle des amoindris et du citoyen lambda. Ils grognent leur colère contre la cherté de la vie, contre les salaires qui s’appauvrissent, contre une dégringolade qualifiée de la société et s’en prennent donc à Youssef Chahed lui reprochant son alliance avec les islamistes ne profitant qu’à son seul intérêt. Ici vous ne trouverez pas des chiffres simplifiés ou complexes qui relatent la réalité de la situation économique et qui parient fort sur son potentiel fichu, à fortiori. Ici, il est question de prendre conscience que l’on est seul maître du jeu lorsque nous nous situons dans l’action et non dans la palabre. Ici, il est question d’avouer une vérité blessante à ces protestataires 2.0 quant à l'inefficacité affligeante de leur démarche.

Cela peut se bloquer en travers de la gorge mais les faits sont là : Youssef Chahed a réussi son coup, du moins jusque-là. Et tous les indicateurs annoncent une réussite encore plus brillante d’ici les prochaines élections. Youssef Chahed a compris qu’il avait affaire à des grandes gueules dont l’acte n’ira pas plus loin que le clavier de leurs appareils High Tech. 

Ce jeune inexpérimenté et sans potentiel politique a joué les bonnes cartes au bon moment. Ensuite, il a été facile de dire que si les grandes réformes n’ont pas été mises en place et quasiment aucun avancement n’a été réalisé dans ce sens, ce n’est guère de sa faute ni par défaut de volonté de sa part ou encore par incompétence de ses départements. Il a été empêché de travailler, de réformer, d’opérer LE changement. Ses détracteurs sont nombreux et ne lui laissent aucun répit, pis, ils lui mettent carrément les bâtons dans les roues formulant des prières à souhait pour le voir tombé de son pied d’estale.

Tout cela nous a conduit à devenir de lamentables spectateurs d’une guerre qui n’est certainement pas la nôtre. Une guerre de clans, de positionnement, et qui profitera uniquement à ceux qui la livrent, c’est-à-dire tout autre que nous autres Tunisiens. Il n’y a plus d’espoir, ils ont tué l’espoir et nous ont obligé à se suffir à leur seule solution qui n’en est pas une en fin de compte.

Youssef Chahed n’aurait-il pas eu le choix de se défaire du partenariat avec les islamistes et de choisir le peuple et la Tunisie? Pourquoi a-t-il choisi la solution de facilité en acceptant de nous livrer en proie à ceux qui nourrissent le projet d’islamisation de la Tunisie? Son ambition politique aussi légitime soit-elle, se doit-elle d’être aussi pernicieuse pour nous autres? Pourtant, nous serions les premiers à marcher derrière Youssef Chahed s’il nous tendait la main à nous et s’il nous restituait notre Tunisie!  

 

Nadya B’Chir  
 

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