Bassem Loukil: "Eduquer les jeunes ne suffit pas, encore faut-il les éduquer intelligemment"

Bassem Loukil: "Eduquer les jeunes ne suffit pas, encore faut-il les éduquer intelligemment"

L’ouverture officielle de la deuxième édition du forum Africain pour l’enseignement supérieur et la formation professionnelle,  a eu lieu ce mardi 17 juillet 2018 à l’hôtel Laico de Tunis. A cette occasion Espace Manager a interviewé Mr Bassem Loukil,le Président du Tunisia Africa Business Council, organisateur de ce Forum :

Espace Manager : L’organisation de la deuxième  du forum Africain pour l’enseignement supérieur et la formation professionnelle prouve l’intérêt que vous accordez à ces secteurs ?

Bassem Loukil : Les moins de 25 ans représentent près de 65% de la population de notre continent et la démographie de nos pays continue de croître. Ces jeunes sont l’avenir de l’Afrique et il est de notre devoir de leur paver la route, dès à présent, vers le savoir et la connaissance ; pour leur offrir les moyens de se faire une place, demain, dans une économie mondialisée où la concurrence est impitoyable.

Cependant, éduquer ces jeunes ne suffit pas, encore faut-il les éduquer intelligemment. Axer leur formation sur des qualifications opportunes, qui leur permettront de trouver des emplois intéressants mais aussi lucratifs. Et pour se faire, les offres de formations universitaires et techniques doivent être pertinentes, adaptées et constructives.

EM : L’instruction de la jeunesse représente un enjeu crucial pour l’Afrique de demain.

B L : Justement nous estimons que l’instruction de la jeunesse aiguillera notre développement, notre place dans le monde. C’est pourquoi le Tunisia Africa Business Council, en marge de sa vocation classique de catalyseur d’échanges interafricains sur le plan économique, s’engage de nouveau cette année pour mobiliser les esprits autour de la valeur « éducation », en Tunisie et dans toute l’Afrique.

L’enjeu cardinal est donc de raisonner puis de construire une offre de formation intelligente, à l’échelle du continent africain. Aussi, la vue de la prestigieuse assemblée réunie à Tunis aujourd’hui me réjouit, avec tous ces  éminents responsables, venus de toute l’Afrique et qui nous font l’honneur de leur présence en vue de débattre des besoins et des opportunités à mettre en exergue, ainsi que des obstacles à surmonter, afin de parvenir aux objectifs que nous nous serons fixés tous ensemble à l’issue de ce forum qui, je l’espère, deviendra une pierre fondatrice de l’édifice éducationnel africain.

EM : Le problème est que le nombre des étudiants africains en Tunisie ne cesse de diminuer ? A quoi cela est-il dû ?

B L : Si la Tunisie se veut, depuis longtemps, une terre d’accueil pour les étudiants africains, il faut admettre que certaines difficultés parsèment le chemin. Je pense notamment à la longueur et la difficulté de la procédure d’obtention d’une carte de séjour, qui ont pu en décourager plus d’un. De même, les quotas restrictifs imposés quant à l’accès aux institutions d’enseignement public freinent les possibilités d’inscriptions d’étudiants qui ne souhaitent pas ou n’ont pas les moyens de s’orienter vers les établissements privés. 

Heureusement, suite à la première édition de notre forum, des réformes structurelles ont été engagées par les pouvoirs publics tunisiens pour juguler ces complications administratives en facilitant les conditions d’accès à l’enseignement du plus grand nombre d’étudiants étrangers et il est important de continuer en ce sens.
 
 Aujourd’hui, la Tunisie, bénéficie d’une expertise éducationnelle et universitaire de plus d’un demi-siècle, et elle est en mesure de former un grand nombre d’étudiants sub-sahariens dont le chiffre reste actuellement en-deçà de ses possibilités 6500 contre 12 000 en 2010. Il est à noter que la Tunisie, pour commencer à y remédier, a accordé, au cours de l’année universitaire 2017/2018, 544 inscriptions universitaires à 35 pays africains dont 306 inscriptions dotées de bourses, soit une augmentation de 272% par rapport à l’année universitaire 2009-2010. 

E M : Avec plus de 200 organismes d’enseignement supérieurs publics et plusieurs centaines d’établissements privés, la Tunisie se veut être un pôle de savoir, moderne et attractif, pour des étudiants de toutes nationalités. 

 B L : Tout à fait, notre pays est un pole de savoir et nous savons tous l’importance de développer les opportunités d’instruction de haut niveau et la formation des leaders africains de demain en Tunisie.

En plus la Tunisie est convaincue que son avenir n’est pas seulement tourné vers sa propre jeunesse mais également vers la jeunesse africaine qu’elle accueille sur son sol. Nous sommes  à-même d’offrir à plusieurs milliers d’étudiants volontaires et persévérants une éducation plurielle et adaptée aux réalités d’un marché du travail multiplié par autant de débouchés qu’il y a de pays africains, avec une mobilité de l’employabilité inépuisable.

E M : Vous donnez aussi une grande importance à la formation professionnelle?

B L : Pour offrir à nos jeunes les meilleures perspectives de carrière, il faut sortir du carcan strictement académique, certes indispensable mais rarement en parfaite adéquation avec les besoins des employeurs. Ainsi, nous devons donner une importance accrue à la formation professionnelle en alternance, qui pourrait ouvrir sur des échanges à l’échelle du continent, ce qui constituerait  à la fois des ressources inépuisables de compétences et une diversité unique d’expériences formatrices et de débouchés. La clé de notre succès à tous sera la coopération multilatérale, en favorisant la circulation des étudiants mais aussi des enseignants et des chercheurs.

Enfin, pour une adéquation toujours accrue entre l’offre et la demande de compétences, le partage des informations à l’échelle continentale dans le cadre de l’orientation des filières académiques et scientifiques devient une nécessité de premier ordre. Et là, ce sont encore les pouvoirs publics de chacun de nos pays, auxquels  incombe la lourde tâche de mettre en œuvre les moyens et les outils nécessaires à la gestion de ces données et à leur mise en relief, dans un effort d’harmonisation et de coordination, pour un maximum d’efficience dans le choix des politiques d’éducation supérieure.

E M : Quels sont les objectifs de ce Forum ?

BL : Les  objectifs stratégiques sont de :

-Internationaliser le savoir-faire Tunisien en matière d’enseignement supérieur et de formation professionnelle,

-Développer une réciprocité de confiance entre la Tunisie et ses confrères  subsahariens dans les domaines de l’enseignement supérieur et la formation professionnelle

-Améliorer la coopération et les échanges entre les universités et les centres de formation Africains,

-Développer les échanges d’universitaires, chercheurs et stagiaires entre les pays Africains.

Propos recueillis par S E A

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