La Tunisie disposera en 2027 d’une meilleure marge de manœuvre par rapport aux trois années précédentes grâce, notamment, à l’allègement des pressions liées au remboursement de la dette, a indiqué l’analyste financier Bassem Enneifer.
Il a ajouté dans une interview accordée à l’Agence TAP, que l’élaboration des projets de loi de finances et de budget pour 2027 intervient après une année difficile pour le pays, marquée en particulier par les charges des évolutions géopolitiques régionales qui ont impacté les prix des carburants, affectant ainsi la facture des subventions des hydrocarbures en Tunisie.
Pour l’analyste, l’élaboration des projets de loi de finances et du budget pour l’exercice 2027 s’inscrit dans le cadre du budget par objectifs, établi tous les trois ans, précisant que le budget de l’année prochaine ouvre un nouveau cycle pour les trois années à venir (2027-2029).
Il a noté que les projets de loi de finances et de budget 2027 s’inscrivent, également, dans le contexte de la mise en œuvre de la deuxième année du plan quinquennal de développement (2026-2030), ajoutant que ces deux projets permettront de décliner les programmes et les projets prévus dans le plan de développement.
Un budget pour réformer les finances publiques
En l’absence de chiffres officiels, Enneifer a souligné que l’élaboration du nouveau projet de loi de finances 2027 intervient après une année difficile sur le plan des finances publiques, l’État ayant supporté les charges de la hausse des prix des carburants (pétrole et gaz), en raison des tensions géopolitiques que connaît la région du Moyen-Orient et du conflit russo-ukrainien.
Il a estimé que les dépenses de subventions dépasseront probablement celles inscrites dans le projet de budget de l’État pour 2026, les hypothèses ayant été remises en cause par l’évolution de la situation géostratégique mondiale.
« Je m’attends à ce que l’année prochaine s’ouvre avec un budget visant à réparer les dommages subis par les finances publiques, ce qui nous amène à penser que le projet de finances de l’année prochaine ne comportera pas de mesures importantes et majeures, ni de bonnes surprises », selon ses estimations.
Baisse du service de la dette
Par ailleurs, Enneifer a précisé que le service de la dette pour 2027 sera inférieur à celui de 2026 et se rapprochera des niveaux de 2023, pour atteindre 20 milliards de dinars.
Dans son analyse, l’analyste s’est appuyé principalement sur le service de la dette intérieure de l’année en cours, estimé à environ 6 460 millions de dinars, dont 3043 millions de dinars de bons du Trésor à long terme, près de 1300 millions de dinars de bons du Trésor à court terme et environ 1 650 millions de dinars pour le remboursement des échéances des emprunts obligataires nationaux. Concernant la dette extérieure, il a estimé qu’elle ne devrait pas dépasser 5 milliards de dinars l’année prochaine, un niveau inférieur à celui prévu pour 2026.
Une meilleure marge de manœuvre l’année prochaine
Sur la base de cette analyse du service de la dette, Enneifer a estimé que la Tunisie disposera en 2027 d’une meilleure marge de manœuvre par rapport aux trois années précédentes, notamment, grâce à la régression des pressions liées au remboursement de la dette.
Il a, toutefois, précisé que les hypothèses et prévisions sur lesquelles reposera le nouveau projet de budget tiendront compte des évolutions mondiales, en particulier des prix du baril de pétrole. Pour l’année prochaine, il a proposé d’adopter un prix du baril de Brent plus élevé que celui retenu dans les hypothèses de 2026.
Il a également estimé que le volume des subventions dans le nouveau projet de budget augmentera, compte tenu des orientations sociales de l’État et du maintien des prix des matières premières mondiales, notamment du blé, à des niveaux élevés. Cela entraînera, selon lui, une hausse des dépenses budgétaires l’année prochaine.
Stabilité du taux de change du dinar
L’analyste financier prévoit un taux de change du dinar tunisien stable, sans risques majeurs. S’agissant du déficit budgétaire, il a estimé qu’il devrait se situer en dessous de 6 % l’année prochaine, contre 6,4 % prévus pour l’ensemble de l’année en cours, selon le rapport de l’agence de notation Fitch Ratings.
Son financement devrait être assuré à partir des ressources propres, principalement via le recours à l’endettement intérieur, dans un contexte marqué par une difficulté d’accès aux financements extérieurs pour financer le budget, selon ses prévisions. En revanche, Ennifer a estimé que, si des prêts extérieurs sont obtenus, ils seront essentiellement orientés vers le financement de projets.
Absence de nouveaux impôts
Selon l’analyste, l’investissement public devrait s’améliorer l’année prochaine grâce à la volonté de concrétiser les projets inscrits dans le document du plan quinquennal de développement, précisant que le volume des financements publics ne sera pas très important.
Sur le plan fiscal, Enneifer prévoit l’absence de nouvelles mesures fiscales ou de nouveaux impôts dans le cadre du projet de loi de finances 2027. Il a toutefois souligné qu’il pourrait y avoir une réorientation des incitations fiscales vers les secteurs prometteurs sur lesquels l’État mise.
TAP

