On parle souvent des relations économiques entre la Chine et l’Afrique à travers le prisme des grands chiffres, des investissements ou des infrastructures. Pourtant, ce qui frappe le plus lorsqu’on découvre certaines entreprises et institutions chinoises sur le terrain, c’est une autre réalité : la Chine semble aujourd’hui davantage préoccupée par la construction d’écosystèmes complets que par la simple exportation de produits.
Cette approche est apparue de manière récurrente au fil des visites effectuées entre Pékin et Changsha, qu’il s’agisse des énergies renouvelables, de l’industrie lourde ou même d’un secteur aussi traditionnel que celui du thé.
Dans le domaine énergétique, la Chine a déjà changé d’échelle. Les présentations consacrées aux énergies renouvelables ont montré un pays qui ne se contente plus d’accompagner la transition énergétique mondiale mais qui entend en être l’un des principaux moteurs. Les investissements dans le solaire, l’éolien, le stockage énergétique ou encore l’hydrogène vert traduisent une vision à long terme qui dépasse largement la seule question environnementale.
La visite de SANY Renewable Energy à Pékin en a offert une illustration particulièrement concrète. Derrière les lignes de production automatisées et les technologies de pointe, le groupe développe aujourd’hui une stratégie fondée sur la maîtrise de l’ensemble de la chaîne énergétique. Produire de l’énergie n’est plus suffisant. Il faut également pouvoir la stocker, la distribuer et l’intégrer dans un système industriel cohérent.

Cette logique se retrouve également à Changsha, au siège de SANY Group. Ce qui impressionne n’est pas uniquement la taille des installations ou le niveau d’automatisation atteint par certaines unités de production. C’est la vitesse avec laquelle l’innovation est intégrée dans l’industrie. Véhicules électriques, robots industriels, intelligence artificielle, systèmes de production intelligents : l’impression qui domine est celle d’une industrie en mouvement permanent, où la recherche et le développement ne sont jamais très loin des chaînes de fabrication.

Pour la Tunisie, l’intérêt de telles expériences dépasse largement l’acquisition d’équipements ou de technologies. Les véritables opportunités résident probablement dans les partenariats industriels, le développement des compétences et les transferts de savoir-faire qui pourraient accompagner certains secteurs stratégiques.
Cette même philosophie apparaît dans un domaine beaucoup plus inattendu : celui du thé.
La visite du Hunan Tea Group a permis de découvrir une industrie dont l’importance économique est souvent sous-estimée à l’extérieur de la Chine. Le groupe, partenaire de longue date de l’Office du Commerce de Tunisie, ne se limite pas à la production ou à l’exportation. Il investit dans la recherche, l’innovation, la préservation du patrimoine culturel lié au thé et le développement de nouveaux produits. La visite du musée du thé ainsi que la participation à une cérémonie traditionnelle ont rappelé qu’en Chine, même les industries les plus anciennes continuent d’évoluer grâce à la recherche et à la création de valeur.

Cette capacité à associer tradition, innovation et développement économique constitue probablement l’un des enseignements les plus intéressants de cette immersion.
Le Centre permanent d’exposition économique et commerciale Chine-Afrique de Changsha apporte une autre illustration de cette stratégie. Conçu comme une plateforme permanente d’échanges entre entreprises africaines et chinoises, il témoigne de la volonté de Pékin d’inscrire sa relation avec le continent dans la durée. Les produits, les technologies et les savoir-faire africains y trouvent une vitrine destinée à favoriser de nouvelles opportunités commerciales et industrielles.

À ce titre, il est difficile de ne pas regretter que la présence tunisienne n’y reflète pas davantage le potentiel réel du pays, notamment dans certaines filières où son expertise est pourtant largement reconnue.

Au terme de cette immersion, une conviction s’impose : les opportunités de coopération entre la Chine et la Tunisie existent déjà. Elles ne concernent plus uniquement le commerce traditionnel. Elles touchent désormais à l’énergie, à l’industrie, à l’innovation, à l’agroalimentaire, à la recherche et à la formation.
La question n’est donc plus de savoir si ces opportunités existent.
Elle est de déterminer dans quels domaines la Tunisie choisira de les transformer en projets concrets.
Jihène Ben Hassine



