Explosion record de la monnaie fiduciaire: On joue à cash -cash !

La Banque centrale de Tunisie vient de publier ses indicateurs monétaires et elle fait état d’un chiffre qui donne, sinon à s’alarmer, du moins à réfléchir. C’est que le volume de la masse de la monnaie, hors circuits bancaires, a atteint un pic historique de 27,6 milliards de dinars, soit une hausse de 4,5 milliards de dinars par rapport à l’année 2025.
Il est aisé d’imputer ce record à la nouvelle réglementation portant sur le chèque qui constituait autant un moyen de paiement direct qu’un règlement morcelé avec les chèques antidatés, interdits par la loi, mais praticable à ses risques et périls. Le taux de rejets était en effet ahurissant avec l’ancienne loi et quelque part l’économie nationale en pâtissait. Sauf que la nouvelle réforme n’a prévu d’autre moyen de paiement (et de crédit) que le billet à ordre. Or, celui-ci n’est toujours pas anobli, ni par les particuliers, ni par les PME (manque de confiance) ni par les consommateurs eux-mêmes.
Sans doute nous faudra-t-il encore du temps pour réaliser un « décashig » dans les règles , moyennant toutes sortes de paiements électroniques, surtout que les 2 /3 de la population tunisienne ne disposent pas de comptes bancaires ou postaux. On a même enregistré des difficultés dans l’application de la facturation électronique, au point que les autorités se rabattent sur une mise en œuvre douce et graduelle de la plateforme. Ceci, néanmoins, ne représente pas encore un sujet de grande actualité.
Le propos, ici, tient à l’explosion de cette bulle du cash et de ses implications pratiques.
On décèle en premier lieu un recul de liquidités aux mains des banques. En deuxième lieu, ce record donne la part belle à l’économie informelle qui pèse désormais sur le PIB à hauteur de 35/36%. Une très grande masse des liquidités en circulation représente en effet les 55% ce qui met à mal les indicateurs macroéconomiques. Gros problème structurel du fait que cette masse échappe à toute traçabilité, privant entre autres les banques de dépôts nécessaires pour financer l’investissement, orienter l’épargne pour le financement de l’économie, les obligeant aussi à recourir à la BCT pour se refinancer.
Il y a cependant un paradoxe à relever. Généralement, trop de monnaie en circulation crée un réchauffement inflationniste : or, dans le cas d’espèces, même si la monnaie s’est emballée, l’inflation reste contenue à hauteur de 4,8%. Paradoxe, en effet, au vu encore de la flambée des prix à la consommation. Les prochaines estimations devraient, en principe, lever cette équivoque…
Raouf Khalsi
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