Deux matches à domicile, deux résultats nuls, et surtout quatre points abandonnés dans une campagne qualificative à la Coupe d’Afrique des Nations où le moindre point peut coûter une qualification.
En l’espace de quatre jours, la Tunisie est passée du statut de candidate naturelle et favorite à la qualification à celui d’une sélection désormais sous forte pression qui risque de regarder la prochaine CAN à la télévision. Après le 1-1 concédé à l’Ouganda, les « Aigles de Carthage » ont encore été accrochés par le Botswana, lundi soir à Radès, au terme d’un spectaculaire 2-2.
Le problème dépasse désormais le simple bilan comptable. Ces deux contre-performances à domicile viennent nourrir les interrogations sur l’état actuel du football tunisien, alors que la sélection sort d’une Coupe du monde 2026 catastrophique et entame une nouvelle étape sous la direction de Mouine Chaâbani.
Deux matches, quatre points perdus ?
Face à l’Ouganda, la Tunisie avait pourtant pris les devants grâce à Adem Arous avant de concéder l’égalisation de Rogers Mato. Malgré des occasions et une domination par séquences, les Tunisiens n’avaient pas réussi à reprendre l’avantage.
Le scénario s’est répété contre le Botswana, mais de manière encore plus préoccupante. Menée au score, la Tunisie a réussi à renverser la situation grâce à un doublé de Hazem Mastouri, avant de concéder rapidement l’égalisation.
Résultat : 2-2 et un deuxième match consécutif sans victoire à Radès.
Ce qui interpelle n’est donc pas uniquement l’absence de victoire. C’est l’incapacité à transformer une domination territoriale et une supériorité supposée en avantage concret au tableau d’affichage. La Tunisie produit, mais ne tue pas les matches. Elle mène au score, mais ne sait pas conserver son avantage. Elle domine par moments, mais laisse à ses adversaires suffisamment d’espaces et d’occasions pour rester dans la rencontre.
Une qualification qui s’annonce très compliquée
La situation est d’autant plus particulière que l’Ouganda, coorganisateur de la CAN 2027 avec le Kenya et la Tanzanie, est déjà qualifié pour la phase finale. La CAF a confirmé que les résultats des matches impliquant l’Ouganda sont néanmoins comptabilisés dans le classement des éliminatoires. Dans le groupe H, une seule sélection parmi la Tunisie, la Libye et le Botswana décrochera donc le billet qualificatif accompagnant l’Ouganda.
Autrement dit, la Tunisie ne dispose pratiquement d’aucun droit à l’erreur dans les confrontations directes.
Et c’est précisément ce qui rend les deux matches de Radès si problématiques. Un nul contre l’Ouganda pouvait encore être considéré comme un simple faux départ. Un deuxième nul, cette fois contre le Botswana, transforme ce faux départ en véritable signal d’alarme.
La Tunisie compte désormais deux points après deux journées. Le Botswana possède également deux points, tandis que la situation du groupe dépend encore des autres rencontres. La campagne est loin d’être terminée, mais la marge de sécurité s’est considérablement réduite.
Le mal est-il plus profond ?
Derrière ces résultats se dresse un constat réel : le football tunisien est en train de perdre progressivement la place qu’il occupait dans le football africain ?
Ce constat mérite d’être reconnu sans céder à la dramatisation. La Tunisie reste une nation régulièrement présente dans les grandes compétitions africaines et mondiales. Mais les derniers résultats invitent à s’interroger sur la trajectoire du football national.
La sélection semble aujourd’hui manquer de continuité, de stabilité et surtout d’une véritable identité collective. Le changement de génération est réel. Plusieurs cadres expérimentés ont été rappelés par Mouine Chaâbani( Ferjani Sassi, Aïssa Laïdouni et Ali Maâloul notamment) tandis que de nouveaux joueurs ont intégré le groupe.
Cette transition peut expliquer certaines difficultés. Mais elle ne suffit pas à expliquer deux matches à domicile sans victoire contre l’Ouganda et le Botswana.
Le problème paraît également toucher le secteur offensif. La Tunisie peut se créer des situations, mais éprouve d’importantes difficultés à faire la différence lorsque l’adversaire se replie. À cela s’ajoutent des erreurs défensives et une certaine fragilité dans la gestion des temps forts et des temps faibles.
Par ailleurs la gestion de cette sélection est catastrophique par un bureau fédéral indigne de gérer les affaires du football tunisien.
Radès n’est plus une garantie
Pendant longtemps, jouer à Radès constituait un avantage psychologique important pour la sélection tunisienne. Le public, la connaissance du terrain et l’habitude des grands rendez-vous permettaient aux Aigles de Carthage de prendre l’ascendant sur de nombreux adversaires.
Les deux derniers matches ont montré une autre réalité.
L’Ouganda est venu prendre un point. Le Botswana a fait mieux que résister et est reparti avec le même résultat après avoir été mené. Ces équipes ne sont plus impressionnées par le statut ou le passé de la Tunisie.
C’est peut-être l’une des principales évolutions du football africain : l’écart entre les sélections traditionnellement considérées comme les grandes puissances du continent et les autres s’est réduit. Les équipes disposent de joueurs évoluant à l’étranger, de meilleures préparations et d’une plus grande confiance lorsqu’elles affrontent des adversaires réputés supérieurs.
La Tunisie ne peut donc plus compter uniquement sur son histoire, son expérience ou son statut.
Une nouvelle génération qui tarde à s’imposer
Le renouvellement de l’effectif constitue l’autre grand chantier.
La sélection dispose de jeunes joueurs intéressants, mais leur intégration doit encore produire un véritable collectif. Entre les anciens cadres et les nouveaux venus, le staff doit trouver un équilibre permettant à la fois de préparer l’avenir et de répondre aux exigences immédiates de la qualification.
Le problème est que la Tunisie n’a plus beaucoup de temps pour construire.
Dans une campagne où une seule place est disponible pour les prétendants derrière l’Ouganda, chaque rencontre face au Botswana ou à la Libye prend une dimension particulière. Les confrontations directes pourraient finalement déterminer le nom du pays qui ira à la CAN 2027.
Le risque d’une absence à la CAN devient réel
Il serait prématuré de parler d’élimination. La compétition qualificative ne fait que commencer et plusieurs journées restent à disputer.
Mais il serait tout aussi dangereux de minimiser la situation.
Après deux matches à domicile, la Tunisie n’a toujours pas gagné. Elle a encaissé trois buts et n’a pris que deux points. Surtout, elle vient de laisser échapper deux occasions de prendre une avance importante sur ses concurrents directs.
La pression va désormais se déplacer sur les prochains déplacements et notamment sur les confrontations directes qui détermineront la hiérarchie du groupe.
Une absence de la Tunisie à la CAN 2027 ne serait pas seulement un accident sportif. Elle poserait inévitablement la question de la trajectoire prise par le football tunisien, de la formation à la gestion de la sélection, en passant par la qualité du championnat national et la capacité à renouveler durablement le réservoir de joueurs.
Le temps des constats est terminé
Les deux faux pas de Radès ne condamnent pas la Tunisie. Mais ils doivent servir de signal d’alarme.
Le chantier de Mouine Chaâbani est désormais clair : construire une équipe capable de gagner les matches qu’elle domine, de mieux gérer ses avantages et surtout de retrouver une régularité qui fait actuellement défaut.
Car la Tunisie ne manque pas seulement de points. Elle manque de certitudes.
Et dans une campagne où un seul billet qualificatif est disponible derrière l’Ouganda, cette incertitude pourrait devenir, si elle perdure, le principal adversaire des Aigles de Carthage.
La CAN 2027 est encore accessible. Mais après deux rendez-vous manqués à Radès, elle est désormais beaucoup moins proche qu’elle ne devait l’être.
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