Hommage à Hédi Nouira, un Homme d'Etat exceptionnel

Premier ministre du président Habib Bourguiba pendant plus de dix ans et son dauphin constitutionnel, Hédi Nouira fut l’un des grands architectes de la Tunisie moderne. Fondateur et premier gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, il est à ce titre le créateur du dinar tunisien. Il fut également membre du premier gouvernement de l’indépendance et une figure centrale du mouvement national.
Militant du Néo-Destour dès ses débuts, il accéda au poste de secrétaire général du Parti socialiste destourien (PSD), fonctions qu’il cumula avec celles de Premier ministre de 1970 à 1980.
Promoteur convaincu d’une économie libérale, Hédi Nouira permit, durant la décennie où il dirigea le gouvernement, de consolider les bases de l’économie tunisienne et de former une large classe moyenne, socle essentiel de la stabilité du pays jusqu’à aujourd’hui.
Né le 5 avril 1911 à Monastir, issu d’une famille aisée, il effectua ses premières études dans sa ville natale avant de poursuivre son enseignement secondaire à Sousse. Passionné de football, il s’inscrivit alors à l’Étoile sportive du Sahel. Il se rendit ensuite en France où il obtint son baccalauréat à Paris en 1931.
En 1934, il assista à la création de la première cellule du Néo-Destour en présence de Habib Bourguiba, devenant rapidement un militant actif tout en adoptant une ligne libérale. Il retourna en France pour poursuivre des études de droit, obtenant une licence, tout en continuant son engagement politique au sein de l’Association des étudiants musulmans de l’Afrique du Nord (AEMNA). Il fonda également le Comité de défense des libertés en Tunisie, dont il devint le secrétaire général.
De retour en Tunisie en 1938, il poursuivit son combat politique et connut l’emprisonnement dans plusieurs lieux de détention, en Tunisie et en France, notamment aux côtés de Bourguiba. Avant de rentrer définitivement en Tunisie en février 1943, il fut placé en résidence surveillée à Rome.
La période passée au fort Saint-Nicolas renforça sa proximité avec Bourguiba. Durant plusieurs années, Hédi Nouira contribua à la restructuration du Néo-Destour et à la préparation de la lutte pour la libération nationale, avant d’adopter, à partir de 1948, une posture plus modérée et diplomatique.
À partir de 1949, il devint l’un des principaux interlocuteurs du Néo-Destour à l’étranger, nouant des relations étroites avec les responsables du Parti socialiste français et du Mouvement républicain populaire, qu’il sensibilisa activement à la cause tunisienne.
En avril 1952, il refusa de participer au gouvernement de Slaheddine Baccouche, décision qui entraîna son exil puis son assignation à résidence. Cette période marqua profondément son parcours. Il se consacra alors à l’écriture, notamment comme éditorialiste de l’hebdomadaire Mission.
Libéré, il fut nommé ministre du Commerce en août 1954 dans le gouvernement de Tahar Ben Ammar, puis ministre des Finances dans le premier gouvernement de l’indépendance dirigé par Habib Bourguiba. Ce dernier lui confia ensuite la mission de créer et de structurer la Banque centrale de Tunisie, qu’il dirigea de 1958 à 1970.
Nommé Premier ministre le 2 novembre 1970, Hédi Nouira fut chargé de réformer l’économie nationale après l’abandon de la politique de collectivisation. Son mandat fut marqué par une embellie économique et des avancées sociales notables, malgré des crises majeures, notamment les événements de janvier 1978.
Victime d’une attaque cérébrale le 23 avril 1980, entraînant une hémiplégie, il quitta définitivement la vie politique. Il s’éteignit en 1993 et fut inhumé à Monastir. En hommage, la rue de la Monnaie à Tunis, où se situe le siège de la Banque centrale de Tunisie, fut rebaptisée à son nom.
En optant sans détour pour une politique économique libérale fondée sur l’initiative privée et l’économie de marché, Hédi Nouira posa les bases de l’insertion de la Tunisie dans l’économie mondialisée.
Hédi Nouira demeure, en un mot, un visionnaire : un bâtisseur de l’économie tunisienne et une référence incontournable pour les responsables politiques d’aujourd’hui, en quête de lucidité, d’idées et de courage.
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