La Tunisie remet le cap sur les croisières : un retour aux multiples retombées

Après plusieurs années de turbulences, la Tunisie voit à nouveau ses ports s’animer au rythme des paquebots de croisière. Cette reprise, loin d’être anodine, s’impose aujourd’hui comme un véritable levier de relance touristique et économique, tout en redessinant les ambitions du pays sur la carte méditerranéenne.
Après avoir franchi le cap des 350 000 croisiéristes en 2025, les premiers mois de 2026 ont vu quelque 210 000 visiteurs fouler le sol tunisien, confirmant un regain d’intérêt pour la destination. En quelques heures d’escale, ces touristes contribuent à redynamiser un secteur clé : celui du tourisme. Restaurants, excursions, transports et commerces locaux bénéficient directement de ces flux, injectant des devises précieuses dans l’économie nationale.
Mais l’impact va bien au-delà des chiffres. Dans les médinas, les souks et les sites historiques, les croisiéristes participent activement à la valorisation d’un patrimoine riche et diversifié. Près de 90 % d’entre eux visitent des sites culturels ou se tournent vers l’artisanat local, offrant ainsi une vitrine internationale aux produits traditionnels tunisiens. Tapis, poteries et objets d’art retrouvent une nouvelle clientèle, contribuant à préserver des savoir-faire ancestraux.
Cette dynamique profite également à l’emploi. Guides touristiques, restaurateurs, transporteurs, personnels portuaires, commerçants, agents de location de voitures, taxistes, éleveurs de chameaux et photographes voient leurs activités relancées.
Dans un contexte post-crise, la reprise des croisières agit ainsi comme un accélérateur de redémarrage pour de nombreux métiers liés au tourisme.
Parallèlement, les infrastructures portuaires connaissent une modernisation progressive. Des ports comme La Goulette ou Sousse s’adaptent aux exigences des grandes compagnies internationales, renforçant l’attractivité du pays.
L’effet est immédiat : chaque escale devient une opportunité économique capable de générer, en une seule journée, une activité intense dans toute une région.
Au-delà des escales classiques, une nouvelle tendance se confirme : la Tunisie s’impose progressivement comme un port de départ. L’initiative portée notamment par Orange Cruises illustre cette évolution stratégique. En proposant des départs hebdomadaires depuis La Goulette, l’offre devient plus accessible pour les Tunisiens : sans avion, sans contraintes logistiques et à des coûts réduits. Une formule qui séduit familles, couples et seniors, tout en démocratisant l’expérience croisière.
Ce positionnement ouvre également la voie à un tourisme régional prometteur. La proximité avec l’Algérie et la Libye constitue un atout majeur pour attirer une clientèle voisine et faire de Tunis une plateforme de départ compétitive face aux ports européens. Toutefois, il reste nécessaire de mettre en place des mécanismes adaptés permettant à ces clientèles de régler leurs croisières en devises dans des conditions facilitées.
À plus grande échelle, la Tunisie peut également séduire les marchés nord-américains en proposant des offres combinées, mêlant découverte culturelle et croisières en Méditerranée.
Ainsi, la reprise des croisières ne se limite pas à un simple retour à la normale. Elle marque une transformation stratégique : celle d’une Tunisie qui ne se contente plus d’accueillir, mais qui ambitionne de devenir un véritable hub régional et international.
Des défis subsistent néanmoins. Il est essentiel de poursuivre l’amélioration des services et des infrastructures, mais aussi de faciliter certains aspects pratiques, notamment les paiements pour les croisiéristes algériens et Libyens au départ de Tunis.
Par ailleurs, une réflexion pourrait être engagée sur l’assouplissement de certaines règles dans le village touristique du port de La Goulette-notamment concernant la consommation d’alcool- afin de mieux répondre aux attentes d’une clientèle internationale composée uniquement de touristes dans une zone duty free.
Dans la même logique, l’ouverture de la médina touristique du port, d’une superficie de 6 500 m², aux résidents étrangers vivant en Tunisie, y compris en dehors des jours d’escale des bateaux de croisières, peut permettre de dynamiser durablement les restaurants et les commerces, tout en générant des recettes supplémentaires en devises.
En somme, une chose est certaine : en retrouvant le chemin des croisières, notamment avec des départs depuis La Goulette, la Tunisie ne relance pas seulement son tourisme- elle redéfinit son avenir.
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