L’ambassadeur de l’UE en Tunisie parle  des groupes familiaux qui contrôlent l’économie du pays

L’ambassadeur de l’UE en Tunisie parle  des groupes familiaux qui contrôlent l’économie du pays

Dans un entretien accordé au Monde Afrique, l’ambassadeur de l’Union européenne en Tunisie, Patrice Bergamini critique « les positions d’ententes et de monopoles » qui entravent une transition économique aujourd’hui à la traîne par rapport à la transition politique.

Il se dit inquiet « du refus du système d’évoluer économiquement. Quel que soit le résultat des élections, il va falloir qu’en 2020 quelqu’un soit vraiment en charge à la Kasbah [siège du gouvernement], fixe des priorités stratégiques et économiques claires, et dispose pour les mettre en œuvre d’une majorité stable et solide. Cela n’a malheureusement pas été le cas ces trois dernières années, ce qui explique que la Tunisie est aujourd’hui moins équipée socialement et économiquement qu’elle devrait l’être pour se protéger des turbulences en Libye ou demain peut-être en Algérie.

En 2020, la direction politique de ce pays aura encore moins le choix et moins le temps qu’en 2014 ou en 2016. Quelles que soient leurs obédiences politiques, les vainqueurs des prochaines élections législatives et présidentielle seront placés face à un choix : soit ils comprennent qu’il faut faire évoluer un modèle économique faisant la part trop belle aux positions monopolistiques, soit ils ne le comprennent pas et dans ce dernier cas, oui, il y aura une inquiétude ».

L’ambassadeur pointe du doigt « certains groupes familiaux » qui « n’ont pas intérêt à ce que de jeunes opérateurs tunisiens s’expriment et percent ». Il donne comme exemple l’huile d’olive. « En 2018, la Commission européenne a décidé d’octroyer un quota additionnel de 30 000 tonnes d’huile d’olive, en bouteille, conditionnée. Or il n’y a pas eu, malheureusement, de réponse tunisienne formelle. Le président [de la Commission, Jean-Claude]Juncker est revenu sur cet épisode lors de sa visite à Tunis en octobre 2018. La vraie raison tient sans doute à ce que des grossistes, dont certains sont des spéculateurs, ne voient pas d’un bon œil ce soutien européen, susceptible de favoriser l’émergence de nouveaux opérateurs tunisiens se lançant dans l’huile d’olive conditionnée made in Tunisia. Pour eux, l’essentiel tient à la préservation de positions non concurrentielles, et qui leur permettent a fortiori d’exporter de l’huile d’olive en vrac ».

A une réponse sur la fuite des jeunes cerveaux, Bergamini parle « plutôt que de « brain drain ». Un jeune ingénieur tunisien en informatique, au moins aussi équipé ou talentueux que nos meilleurs ingénieurs européens de Francfort, Paris, Londres ou Rome, va se voir proposer d’entrée de jeu en Tunisie un salaire cinq à six fois inférieur à ce qu’il toucherait du côté européen. Evidemment, s’il n’a pas d’opportunités ici, il va préférer partir. Et je ne parle pas de jeunes sans emplois. C’est du « brain push » par absence d’opportunités ».

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/07/09/face-aux-turbulences-regionales-l-europe-ne-veut-pas-perdre-le-soldat-tunisie_5487381_3212.html

Votre commentaire