Ce n’est désormais plus un secret : le port de La Goulette fait régulièrement face à des tentatives d’intrusion de jeunes « harakas » cherchant à quitter clandestinement le territoire tunisien en se dissimulant parmi les véhicules et les camions destinés à l’embarquement sur les bateaux à destination de l’Italie ou de la France.
Mais il faut aussi reconnaître, avec toute la réserve qu’impose la gravité de ces actes, l’audace parfois téméraire de ces jeunes qui, poussés par l’espoir d’une vie meilleure et le désir de changer de destin, vont jusqu’à s’introduire dans les zones de départ du port pour tenter de se cacher dans les conteneurs, les espaces de chargement des camions de marchandises, voire dans des camionnettes ou des voitures stationnées à proximité des navires, dans l’attente de leur embarquement.
Nous avons récemment été témoins, dans le port de La Goulette, lors d’un départ vers l’Italie, de scènes particulièrement révélatrices de cette réalité.
De très jeunes candidats à la « harka » tentaient de se faufiler parmi les véhicules et les marchandises, jouant au chat et à la souris avec les policiers et les agents des douanes. Leur détermination était manifeste, tout comme leur volonté de saisir la moindre occasion pour monter clandestinement à bord des bateaux. Parmi les jeunes interpellés ce soir-là, l’un d’eux n’avait que… douze ans.
Ces scènes, au-delà de leur caractère spectaculaire surtout pour les passagers, interpellent profondément. Car derrière l’audace et la détermination de ces jeunes se cache souvent une réalité beaucoup plus douloureuse : celle d’une jeunesse qui rêve d’ailleurs, qui aspire à une vie meilleure et qui, faute de perspectives ou convaincue qu’un avenir meilleur se trouve de l’autre côté de la Méditerranée, est prête à prendre des risques considérables.
Mais cette audace peut rapidement se transformer en une aventure aux conséquences dramatiques. En essayant de se dissimuler dans des espaces confinés, des conteneurs ou sous des véhicules, ces jeunes s’exposent à l’arrestation, à l’enfermement, au manque d’air, aux chutes, aux blessures et, dans les cas les plus graves, à des accidents pouvant mettre leur vie en danger.
Le phénomène constitue également un véritable problème de sécurité, aussi bien pour les voyageurs, les chauffeurs et les transporteurs que pour les jeunes eux-mêmes. La présence clandestine de jeunes qui essayent de se dissimuler dans des véhicules ou des cargaisons peut en effet provoquer des situations dangereuses et imprévisibles au moment des contrôles, des manœuvres ou de l’embarquement.
Face à cette situation, le renforcement de la surveillance et des contrôles aux abords du port de La Goulette et de ses différents accès apparaît nécessaire.
Mais la seule réponse sécuritaire ne saurait suffire. Il est tout aussi important de sensibiliser ces jeunes aux dangers réels auxquels ils s’exposent et de responsabiliser leurs familles, afin d’éviter que des enfants et des adolescents ne se retrouvent livrés à eux-mêmes dans une quête aussi périlleuse.
Car derrière chaque tentative de « harka », il y a un jeune visage, un rêve et souvent une grande désillusion. Et lorsqu’un enfant de douze ans en vient à risquer sa vie pour tenter de franchir clandestinement la Méditerranée, c’est bien plus qu’un simple problème de contrôle aux frontières : c’est un signal d’alarme qui mérite d’être entendu.
K.B.M

