
Connaisseur devant l’Eternel de la Tunisie, pour avoir signé un livre important sur la Tunisie, à savoir « La Régente de Carthage: Main basse sur la Tunisie », le journaliste français Nicolas Beau a signé samedi 7 décembre sur sa page Facebook un article sur le fameux livre noir de la Présidence, intitulé: « Tunisie, opération de basse police au Palais de Carthage ». Pour lui, l’égo de Marzouki a tué chez lui toute intelligence politique. Voici reproduit en intégralité le texte !
« Le Palais de Carthage, qui abrite en Tunisie la présidence tunisienne, ne réussit guère à ses hôtes. Après Ben Ali qui a régné grâce à un appareil policier pléthorique, voici son successeur, l’ancien opposant Moncef Marzouki, qui utilise les archives du régime défunt pour régler piteusement quelques comptes.En trois cent cinquante pages, Moncef Marzouki, le toujours provisoire président tunisien, a torpillé sa carrière politique, pas moins.
Le militant démocrate, que les Tunisiens, au lendemain de la révolution, avaient renvoyé de la place de la Kasbah fin janvier 2011, à force de « dégage », a fait publier par la Présidence de la République un ouvrage qui interpelle sur les objectifs qu’il poursuit. « Le livre noir » ou « Le système de propagande sous Ben Ali», qui jette en pâture des noms de journalistes, d’artistes et d’intellectuels en rapport de près ou de loin, avec l’Agence Tunisienne de Communication Extérieure (ATCE), organe de prosélytisme de Ben Ali, est surtout un ouvrage de délation.
Confusion des pouvoirs
Sous prétexte, dans un élan pseudo révolutionnaire, de démasquer les « collaborateurs », Marzouki transgresse l’organisation des pouvoirs ; l’exploitation des données, livrées par les archives, est du ressort de l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), dans le cadre d’une loi sur la justice transitionnelle qui, il est vrai, tarde à être adoptée. Dans le bilan qui doit être dressé de la Constituante, ce retard pèse lourd. En effet, la Tunisie se devait d’exercer un devoir de mémoire et de définir les responsabilité en cause dans les exactions du régime de Ben Ali. Au lieu de cela, les gouvernements successifs ont préféré emprisonner une dizaine d’anciens ministres, choisis au hasard, ou pire victimes de contentieux personnels avec les dirigeants d’aujourd’hui.Dans le pavé, dans la mare, que Moncef Marzouki a tenté de lancer, figurent les noms des journalistes qui complétaient leur fin de mois au Palais de Carthage.
« Le livre noir est plus qu’un règlement de comptes ou qu’un acte à but électoraliste. Il s’agit d’une incitation au meurtre des journalistes et hommes de médias » précise Fahem Bougadous, directeur du Centre de Tunis pour la liberté de la presse (CTLP). Moncef Marzouki, souvent critiqué par les médias, a-t-il tenté de rendre la monnaie de leur pièce à des journalistes trop insoumis à son goût ? Toujours est-il qu’il dédie 12 pages à sa propre apologie, ne cite pas certaines figures, pourtant connues comme laudatrices de Ben Ali, mais qui aujourd’hui sont proches de Carthage et du parti de Marzouki, le Congrès pour la République (CPR).
Basse police
Cependant, le livre dépasse simplement le recensement de ces supposées « bakchich », il dévoile des éléments de vie privée et désigne des personnalités des médias, tels que Samy Ghorbal et Ridha Kéfi, qui effectuaient simplement leur travail de journaliste, dans le cadre contraignant d’un régime ultra autoritaire. Moncef Marzouki pratique un détournement de la mémoire nationale, sans prendre aucune précaution d’usage et sans indiquer la méthodologie adoptée ni la qualité de ceux qui ont épluché les dossiers.
Autre illustration de l’esprit de vengeance de Marzouki, l’ancien opposant de Ben Ali, Ahmed Manai, qui fut atrocement torturé, a le droit à un traitement de faveur. Non seulement les calomnies rendues publiques sous Ben Ali sont abondamment citées, mais d’autres encore, inconnues et portant sur une vie privée totalement virtuelle et inventée, sont « révélées » par ce « Livre Noir » censé dénoncer la propagande du pouvoir précédent.En revanche, Marzouki et Ghannouchi, ainsi que les dirigeants d’En Nadha, ont droit à la publication de fiches très succinctes et nettoyées avec soin de toute accusation diffamatoire. En fait, Ahmed Manai, qui fut un sympathisant des islamistes lors de la constitution de listes indépendantes en 1989, a eu le tort de se montrer critique, depuis trois ans, contre le nouveau pouvoir. Ce qui est impardonnable pour l’ami Marzouki !
La Présidence de la République, sur sa lancée, annonce déjà un second volume. Mais l’effet de vindicte populaire n’a pas eu lieu. La campagne de haine de Marzouki a fait « pschitt », comme aurai dit Jacques Chirac. Le contenu du livre nourrit seulement quelques discussions de salon à Gammarth. En revanche, « La Tunisie des oubliés », aujourd’hui au bord de l’explosion,, attend un autre souffle, un autre élan de la classe politique.
Les droits de l’homme à géométrie variable
En permettant la parution de cet ouvrage à un moment où le pays est dans une phase sensible née d’une crise de confiance, Moncef Marzouki remet en cause sa position d’homme d’Etat au dessus de toute esprit. Cette opération de basse police remet également la posture qu’il avait adopté, en raison de son passé d’opposant courageux, en faveur des droits de l’homme, des libertés et de la démocratie. De Marzouki président tunisien intérimaire, il ne restera juste rien!D’autant plus que ce démocrate à géométrie variable, inféodé au Qatar, un pays privé de toute liberté publique et esclavagiste, n’a pas eu la moindre réaction lorsqu’une justice tunisienne instrumentalisé tomba la semaine dernière sur Slim Bagga, l’ancien patron de « l’Audace », un journal vendu à Paris qui donna des cauchemars à Ben Ali ( et qui défendit constamment Marzouki).
La semaine dernière, ce journaliste talentueux, indépendant et courageux, emporté il est vrai parfois par des anathèmes et des outrances inutiles, vient d’être condamné à dix-huit mois fermes de prison. Une première! L’instruction fut bâclée et le procès partisan. La plainte émanait d’une diplomate inféodée au régime défunt. Et pourquoi ce silence de Marzouki ? Et bien, Slim Bagga, autrefois à Paris proche de Marzouki, avait dans son journal « l’Audace » pris position contre les initiatives intempestives du président tunisien intérimaire et souligné son absence de hauteur de vues.Opposant constant du régime de Ben Ali qui rêve d’un monde nouveau sans opposants, Moncef Marzouki parasite aujourd’hui gravement la transition démocratique tunisienne. Son égo a tué définitivement chez lui toute intelligence politique. »
Par Nicolas Beau le samedi 7 décembre 2013
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