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Pétrole – Concession El Menzah : un psychodrame national pour moins de 18 barils/j

27 octobre 2026
in Actualités, Macro
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petrole concession El Menzah
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 La question des ressources naturelles et des richesses de la Tunisie a cette fâcheuse tendance à rendre tout le monde subitement expert en géopolitique et en énergie.

Entre analyses infondées, commentaires d’illuminés et théories du complot, le sujet se transforme en véritable feuilleton qui continue d’alimenter les passions tristes du pays.

Le vol et la spoliation de richesses naturelles ont même servi de fonds de commerce en politique, orchestrant des mouvements cultes comme le fameux « Winou el Pétrole », histoire de faire vibrer la corde sensible du citoyen en quête de boucs émissaires faciles.

Et la voilà qui resurgit ! Cette fois, c’est la micro-concession d’El Menzah, nichée dans le gouvernorat de Nabeul, qui excite de nombreux Tunisiens. La polémique a éclaté à la suite d’une simple publication au Journal Officiel de la République Tunisienne (JORT).

Il n’en fallait pas plus pour réveiller les procureurs autoproclamés des réseaux sociaux, hurlant à l’illégalité flagrante et au scandale d’État d’une envergure intersidérale. Mais, qu’en est-il réellement ?

1 – Une étude de 2001 : 

Afin d’assimiler correctement la situation, nous devons effectuer un léger retour vers le passé. Le champ d’El Menzah a été découvert en 1998, dans la délégation de Beni Khalled. En 2001, le conseil d’administration de l’Entreprise tunisienne d’activités pétrolières (ETAP), après avoir obtenu l’accord du gouvernement de l’époque, autorise son exploitation par deux sociétés :

  • Ecumed Petroleum, filiale de Candax Energy Limited, détenant 37,5 % des parts.
  • Exxoil, société tunisienne du groupe Setcar, détenant 62,5 % restants.

L’autorisation a, bien évidemment, été accordée à la suite du dépôt d’un dossier en bonne et due forme. Il comprend un plan d’investissement et une offre technique. 

Cerise sur le gâteau : l’ETAP avait paraît-il diligenté sa propre étude pour tâter le terrain quelques temps plus tard. Verdict des experts dès le départ ? Ce gisement ne cassera pas trois pattes à un canard, la rentabilité n’y est pas.

2 – État d’épuisement :

Les deux entrepreneurs se lancent donc dans l’aventure dès 2001, dans les règles de l’art et avec la bénédiction de tous les tutélaires du dossier, à savoir ministère de l’Industrie, des Mines, de l’Énergie et, bien sûr, l’ETAP.

L’autorisation était certes délivrée pour une durée de 30 ans sur le papier, mais la réalité des sous-sols est têtue : le champ est déclaré officiellement en état d’épuisement, dès 2007 !

Résultat des courses ? Le fameux eldorado d’El Menzah n’aura fonctionné qu’à peine six ans, crachant péniblement 1,8 million de barils sur toute cette période. Rideau. Vingt ans plus tard, en 2021, Candax Energy Limited dépose le bilan pour sa filiale Ecumed Petroleum. 

Cet événement est tout à fait compréhensible vu le coût des investissements nécessaires à l’exploitation du gisement. L’arrêt de la production ne signifie pas que le gisement est totalement épuisé. Il s’agit, dans ce cas, d’une activité économiquement non rentable. 

Ainsi, Exxoil, restée seule en piste, demande logiquement à récupérer la totalité des 100 % des droits.

3 – Exxoil prend les choses en main : 

Face à la faillite d’un partenaire et à la demande d’Exxoil de s’emparer de l’intégralité des droits d’exploitation, l’ETAP ne s’est pas tournée les pouces et a remis le nez dans les dossiers poussiéreux.

En se basant sur l’étude initiale de 2001, l’entreprise publique a sagement estimé qu’il valait mieux laisser Exxoil essayer toute seule, refusant de s’associer dans cette galère. De plus, l’ETAP campe sur une position sûre puisque la loi tunisienne est claire comme de l’eau de roche. 

L’État, via l’ETAP, conserve le droit garanti par le code des Hydrocarbures de bénéficier de la majeure partie des revenus de la production de n’importe quelle concession en Tunisie ou de la reprendre à n’importe quel moment si la situation l’exige.

4 – Une productivité ridicule

Venons-en maintenant au clou du spectacle, là où le ridicule ne tue manifestement plus personne.

Actuellement, la production de la concession d’El Menzah est d’une platitude absolue. C’est totalement à l’arrêt. Quant au potentiel théorique restant du champ ? Accrochez-vous bien : il ne dépasse même pas les 1.000 m³ par an !

Sachant qu’un pauvre mètre cube de pétrole équivaut à 6,3 barils, cela nous donne un total de moins de 6300 barils par an, soit moins de 18 barils par jour. Pour mettre les choses en perspective, et réveiller les pyromanes du web, la production quotidienne globale de la Tunisie tourne sagement autour de 24 000 barils par jour.

En clair ? Toute cette hystérie collective, ces flots d’insultes sur les réseaux sociaux, ces accusations de haute trahison et ces grands cris d’orfraie portent sur une poignée de miettes qui ne pèsent même pas 0,08 % de la production nationale journalière. 

Une tempête dans une tasse d’eau saumâtre, alimentée par des internautes en manque de buzz.

Rappelons enfin, que si par miracle Exxoil venait à déterrer un véritable pactole dans les parages, l’ETAP garde la main et ses prérogatives bien au chaud. 

 

Sofiene Ghoubantini

Tags: el MenzahenergieEtap7exxoilpétroleressourcerichesseTunisie
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