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Quand les adversaires politiques deviennent des ennemis

5 septembre 2013
in Chroniques
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Le Dr Nejib Karoui a porté, lundi 2 septembre, plainte contre des propos prononcés par le politicien Mohsen Marzouk, estimés selon les termes de la plainte, comme visant à stigmatiser et diviser le peuple tunisien en deux.

M. Marzouk se serait adressé à la foule rassemblée au sit-in du Bardo au mois d’août tenant des propos à caractère sectaire face aux manifestants à la Kasbah, les qualifiant d’un ton enflammé et  méprisant de « sans-noms », « ennemis de la patrie, et du drapeau », et s’adressant aux ministres de la Défense et de l’Intérieur « Ne cherchez pas les terroristes au Djebel Chaâmbi, ils sont juste là à côté ».

Le Dr Karoui semble mettre le doigt là où ça fait mal chez certains. Le fondamentalisme et l’accusation d’hérésie et d’apostasie ne s’avèrent plus simplement l’apanage des illuminés religieux.

Certains semblent ainsi s’être pris dans leur propre piège, s’offusquant et dénonçant ceux qui par zèle religieux se complaisent dans l’accusation facile d’hérésie et d’apostasie de certains de leurs coreligionnaires, ils font la sourde oreille et ferment les yeux lorsque de l’autre côté on accuse ses compatriotes d’hérésie et apostasie leurs propres compatriotes.

Deux Tunisie en quelque sorte, l’une « Koffars diniyyèn » (hérétique envers la religion), l’autre « Koffars wattaniyyèn » (hérétique envers la patrie)!

Voilà le fond de la plainte déposée par Dr Karoui, comme il l’explique lui-même ces derniers jours à travers plusieurs médias, qui se sont enfin emparés de l’affaire à la suite de cette plainte, sans éviter, bien sûr, de tomber dans le sensationnalisme qui le caractérise, réduisant l’affaire à un « duel » entre deux personnalités publiques, au lieu de mettre l’accent sur le fond de l’affaire, et ces propos diviseurs.

Les Tunisiens de tous bords et nonobstant leurs sensibilités respectives, doivent, comme ils l’ont fait lorsque d’autres s’étaient livrés à des propos sectaires et diviseurs de la sorte, dénoncer fermement ce genre de discours émanent des responsables prétendant se charger de notre destinée. Nos conflits d’idées et projets de société ne doivent en aucun cas nous transformer en ennemis. Des adversaires, soit! Mais jamais des ennemis.

Enfin, quelle mouche a piqué M. Marzouk qui dans un entretien en mai 2011 déclarait avec sagesse « Il faut donner du temps au temps… Nous sommes encore au tout début du processus démocratique qui comporte lui-même plusieurs phases. La première est la reconstitution des légitimités politiques, notamment grâce aux élections. Après un long moment d’oppression, on perd ses repères et même le sentiment d’appartenance à une même nation, ce qui implique la gestion de la diversité tout en sauvegardant l’unité nationale. C’est un équilibre assez difficile à opérer. »

Cet équilibre l’aurait-il lui-même perdu? Ou, peut-être avait-il raison en continuant « Il est quand même étonnant que certains observateurs et nous-mêmes réalisions à quel point le peuple est plus mûr, plus ouvert et plus avancé que son leadership. Nous avons même parfois l’impression qu’il le dépasse.  En fait, est-ce que notre leadership assure? Pas du tout, et c’est le grand problème.» A moins que comme il le dit encore « Un dictateur est parti et a laissé un vide derrière lui, chacun veut récupérer le butin. L’establishment politique tunisien a, en réalité, une mentalité de chasseurs de butins ».

N’est-ce pas M. Marzouk et tous ceux qui se sont transformés après la révolution en chasseurs des voix tunisiennes ? Pitié de nous !

Abdelaziz Jaziri

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