
Hier épouvantails, aujourd’hui au pouvoir, le parti islamiste Ennandha a gagné haut la main les élections de la constituante. Cette victoire a certes
été obtenue grâce à une certaine légitimité historique (torture des leaders d’Ennahdha), une bonne campagne de communication et un bon travail sur le terrain mais aussi grâce aux médias, hommes politiques ainsi que des anti-Ennahdha qui n’ont cessé de diaboliser le parti islamiste.
Si les médias, hommes politiques et ceux qui s’opposent à l’islam politique ont permis à un parti civil de gagner des élections, aujourd’hui ils sont en train de faire la promotion d’un mouvement qui comprend en son sein des extrémistes. En effet, grâce à ses détracteurs, le salafisme et notamment le salafisme djihadiste risque de voir sa cote de popularité augmenter et ses adhérents se multiplier.
Des vidéos, des articles et des commentaires sur les réseaux sociaux diabolisent cet épiphénomène. Le président de la République est lui aussi tombé dans ce piège à deux reprises. Une première fois quand il a traité un prédicateur egyptien de microbe et une deuxième en avouant que c’est le risque du salafisme djihadiste qui fait que la Tunisie ne peut pas lever l’état d’urgence.
Ces jeunes, généralement sans emploi, se trouvent marginalisés et pointés du doigt par leurs concitoyens et leurs gouvernants peuvent constituer un danger à terme.
D’ailleurs, la réaction d’une dizaine de syndicalistes qui se sont rassemblés, mardi, devant le siège régional de l’UGTT à Sousse afin « de défendre leur siège d’une éventuelle attaque des salafistes » au moment du rassemblement de sympathisants du courant salafiste à Sousse pour protester contre ce qu’il ont qualifié « d’arrestations arbitraires à l’encontre du courant salafiste », ne fait que confirmer le rejet des tunisiens de ce courant.
Dans cette ambiance anti-démocratique caractérisée par un non-dialogue ou au mieux à un dialogue de sourd, la Tunisie ne pourra prétendre à voir naître une vraie démocratie. Dans ce jeu de polarisation (islamistes contre laïcs) la Tunisie passera nécessairement d’une dictature sous la répression à une dictature sous l’imposition dogmatique.
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