
Tout le monde, ou presque, est d’accord pour donner à l’Etat un rôle économique plus important dans la Tunisie post-14 Janvier 2011. Jusqu’à quel point faut-il renforcer l’action économique de l’Etat ? Risque-t-on ainsi de démotiver et de décourager l’initiative privée ?
La plupart de ceux qui plaident pour un retour de l’Etat ne remettent pas en cause les principes fondamentaux de la liberté d’entreprendre, d’acheter, de vendre, de posséder et de gagner de l’argent. Il ne s’agit donc pas d’un mouvement de retour vers le dirigisme aveugle où, pour ouvrir une épicerie il faut presque l’accord du président de la république. Cette époque est révolue car la force de la motivation apportée par la liberté économique n’est plus contestée aujourd’hui.
Il est cependant légitime de craindre qu’une intervention plus active de l’Etat dans l’économie contribue à développer les comportements d’assistés, à décourager l’effort pour le travail bien fait et à tirer l’efficacité économique générale du pays vers le bas. Il faut avouer que ces symptômes ne sont malheureusement pas étrangers au secteur public Tunisien.
Mais les défis auxquels fait face aujourd’hui l’économie Tunisienne sont tout simplement trop gros pour les privés, qui, dans l’état actuel des choses, ne peuvent pas réellement faire autrement que de reproduire l’existant. Ils ne peuvent pas faire beaucoup mieux que de toucher les commissions et les primes pour écouler les importations et exporter des produits primaires non porteurs de valeur ajoutée et d’emploi. En effet, les contraintes concurrentielles et institutionnelles font qu’ils se trouvent emprisonnés dans les compartiments les moins techniques des filières industrielles, dans le court-terme et le gain facile sans risque. Par conséquent, sans empiéter sur l’activité économique des privés, l’Etat reste la clé si on veut que l’économie Tunisienne fasse un réel bond en avant.
Nous n’avons donc pas d’autres choix que d’améliorer l’efficacité de l’intervention économique de l’Etat. Pour cela, il faut combattre la mentalité d’assisté du Tunisien vis-à-vis de son Etat. Il faut rejeter l’idée de l’Etat-providence et cultiver l’idée que l’Etat n’est au fond qu’une boite aux lettres et que les faveurs qu’il accorde à quelqu’un ou à un secteur, se feront nécessairement au détriment d’un autre groupe de citoyens. Il faut apprendre à aborder la question des interventions ou des aides de l’Etat, en recherchant à chaque fois au détriment de qui elles se feraient, et en mettant face à face les avantages et inconvénients de l’intervention envisagée.
Il faut aussi imposer aux différents établissements publics de fonctionner avec un budget équilibré, sans déficits. Une telle obligation d’équilibre financier obligerait les établissements publics à veiller à l’efficacité de leurs employés. Elle diminuerait les « subventions croisées » qui sont source de gaspillage, car dans le cas de telles subventions, le bénéficiaire d’un service n’est pas celui qui en paye le prix.
Avec les progrès démocratiques de la Tunisie, une telle amélioration de l’efficacité de l’intervention de l’Etat n’est pas impossible si les parlementaires exigent plus de transparence sur la gestion des établissements publics. Cette exigence de transparence devrait figurer parmi les priorités des programmes économiques des partis.
Si on réussit de cette manière à améliorer l’efficacité de l’Etat, en plus de sa responsabilité bien connue d’assurer par l’intermédiaire de la taxe un partage équitable du revenu national entre les citoyens, l’Etat peut intervenir directement dans le système productif dans les situations où les privés n’ont réellement aucune chance de promouvoir l’intérêt de la nation.
Par exemple les situations où l’intérêt à long-terme se trouve opposé à l’intérêt à court-terme, comme la question de l’autonomie énergétique ou alimentaire ou celle de l’intégration industrielle ou la recherche scientifique ou encore la préservation de l’environnement. Ou encore les situations où, profitant de la gestion benaliste, des intérêts étrangers ont pris abusivement le contrôle de « poumons économiques » vitaux pour le pays.
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