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Sevrage ou alternative : Amen Allah Messaadi brise les tabous de la lutte contre la cigarette

26 juin 2026
in Actualités, Social
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Messadi
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En marge du forum Technovation Smoke-Free organisé par PMI le 24 juin 2026 à Rabat au Maroc), le Professeur tunisien de soins intensifs et de réanimation, Amen Allah Messaadi, s’est confié sur les défis majeurs de la lutte contre le tabagisme en Afrique. Également président de l’Association Panafricaine de Plaies et Cicatrisation (PAPC), il livre un diagnostic sans concession sur l’échec des politiques actuelles et plaide pour l’intégration de solutions alternatives moins risquées pour les fumeurs.

Lors du panel, vous avez abordé le concept de « souveraineté sanitaire ». Qu’entendez-vous par là pour le continent africain face à un défi mondial tel que le tabagisme ?

La souveraineté sanitaire, c’est en premier lieu la capacité et la possibilité pour notre continent de fixer ses propres priorités médicales. Aujourd’hui, le tabagisme doit être considéré comme l’une des priorités absolues en Afrique.

D’abord, parce que le tabac sévit durement et reste la première cause du cancer du poumon. Ensuite, en tant que président de l’Association Panafricaine de Plaies et Cicatrisation, je constate quotidiennement ses répercussions dramatiques sur le retard de cicatrisation des plaies chroniques. C’est un sujet de préoccupation majeur. Enfin, il faut être réaliste : l’Afrique est un continent potentiellement riche, mais qui ne jouit pas encore de cette richesse. Nos systèmes de santé n’ont tout simplement pas les moyens de traiter correctement toutes les complications lourdes liées au tabagisme.

C’est là que la souveraineté prend tout son sens : elle doit nous permettre de prendre des décisions autonomes et d’adopter des solutions alternatives adaptées qui contribuent à réduire ces complications et à améliorer le pronostic de nos concitoyens fumeurs. Le message reste clair : il faut éviter d’avoir de fumeurs. Nous devons impérativement proposer autre chose à ceux qui fument déjà.

Les politiques de lutte anti-tabac en Afrique ont souvent été calquées sur des modèles occidentaux. Peut-on dire aujourd’hui qu’elles ont échoué ? L’Afrique a-t-elle besoin de sa propre feuille de route ?

Oui, le continent a indéniablement besoin de sa propre feuille de route. Et effectivement, les politiques calquées de l’Occident ont échoué. Bien au contraire, elles se sont essentiellement basées sur l’augmentation des prix et l’interdiction de la publicité.

Dans le contexte africain, la hausse brutale des prix a surtout eu pour effet de favoriser le commerce parallèle et la contrebande de produits non homologués, dont Dieu seul sait ce qu’ils contiennent. De plus, qu’on le veuille ou non, il y a des spécificités culturelles propres à notre continent qu’il faut intégrer pour implémenter une politique efficace.

Une véritable lutte doit comprendre deux volets indissociables : le premier consiste à tout faire pour empêcher les gens de commencer à fumer. Le second volet, indispensable, consiste à proposer une alternative moins risquée pour ceux qui fument déjà et qui n’arrivent pas à s’arrêter.

Dans le cadre de votre profession en réanimation, vous êtes directement confronté aux ravages du tabac. Quel est le coût réel de cette dépendance pour les systèmes de santé africains ?

Il n’existe pas encore de chiffres précis et globaux évaluant le coût exact du tabagisme sur les systèmes de santé en Afrique, mais nous savons tous que cela revient extrêmement cher.

En tant que réanimateur, je soigne des patients, souvent d’anciens fumeurs, souffrant d’insuffisance respiratoire chronique. Ces personnes finissent par faire face à des dégradations majeures de leur qualité de vie, avec une incapacité fonctionnelle grave.

Par ailleurs, concernant la prise en charge des brûlures et des plaies chroniques, le tabagisme actif entraîne des retards de cicatrisation majeurs. Le plus frustrant, c’est que malgré toutes nos explications médicales sur ces risques, de nombreux patients continuent de fumer.

Face à un patient fumeur qui vient vous consulter, quel est votre premier réflexe ? Est-il facile de l’orienter vers des alternatives à la cigarette classique ?

Le premier réflexe du médecin reste, et doit toujours rester, de demander l’arrêt total du tabac. C’est la solution de choix.

Cependant, si au bout de la deuxième, troisième ou quatrième consultation sachant que les plaies chroniques mettent parfois de nombreux mois à guérir, le patient nous dit : « Docteur, je n’arrive pas à arrêter », c’est là que l’alternative doit s’installer d’emblée.

On pourrait imaginer proposer ces alternatives immédiatement dès la première consultation, mais je pense que notre société n’est pas encore prête à cela. On pourrait reprocher au médecin de ne pas avoir assez insisté sur l’arrêt total.

Pour préserver la relation de confiance entre le médecin et son patient, il faut que chacun soit convaincu que le sevrage complet est l’idéal. Mais face à l’échec, l’alternative thérapeutique devient une solution indispensable et beaucoup moins nocive. Nous avons d’ailleurs besoin de mener des travaux scientifiques rigoureux sur notre continent pour démontrer cliniquement que ces alternatives réduisent efficacement les risques pour ce profil de patients.

Si la société accepte enfin cette approche de réduction des risques, les médecins sont-ils suffisamment formés pour conseiller ces différents produits ? Et quel rôle doivent jouer les industriels, comme Philip Morris International (PMI), dans cette transition ?

C’est une excellente question. L’information et la formation des médecins sont des éléments capitaux. Je le disais lors du panel : depuis que je me suis penché sérieusement sur ce sujet, j’ai énormément appris. Nous sommes presque tous restés sur l’image classique et dogmatique du tabac, avec une compréhension parfois erronée des mécanismes de sa nocivité.

À travers mes lectures et mes recherches, j’ai évolué. L’exemple le plus flagrant est celui de la nicotine. On l’a longtemps considérée à tort comme le principal agent cancérigène, alors qu’elle ne l’est pas. Aujourd’hui, les données scientifiques s’accumulent pour démontrer que le mécanisme le plus nocif dans le tabac est la combustion.

L’évolution des mentalités passe donc impérativement par une formation médicale correcte et objective. Les médecins doivent être le relais de cette stratégie.

Concernant les industriels comme PMI, il existe naturellement une relation « gagnant-gagnant ». Ils ont un intérêt commercial à proposer ces produits, mais d’un point de vue de santé publique, ils apportent des solutions moins nocives, ce qui est une avancée importante.

L’essentiel est de préserver la transparence, l’objectivité et l’autonomie des médecins par rapport à l’industrie. Ce qui doit trancher, ce sont les études scientifiques indépendantes. Elles sont le seul moyen pour le médecin de défendre ses choix thérapeutiques et pour l’industriel de conforter scientifiquement la place de ses produits.

Quel serait votre message final pour que les gouvernements africains, les scientifiques et les industriels collaborent plus efficacement afin d’accélérer la transition vers un continent sans tabac ?

Actuellement, les gouvernements africains me semblent incapables de s’engager pleinement dans cette stratégie de réduction des risques. Pourquoi ? Parce qu’ils sont encore sous l’emprise exclusive du message traditionnel de l’OMS qui se résume à : « Ne pas fumer », sans proposer d’alternatives viables pour ceux qui n’y arrivent pas.

Si un changement de paradigme doit s’opérer, il ne pourra venir que des sociétés savantes, des médecins experts et des études scientifiques menées directement sur notre continent. Ce sont des résultats probants, ancrés dans nos réalités africaines, qui amèneront automatiquement les gouvernements à faire évoluer leurs politiques de santé publique.

S.G

Tags: cigarettePhilip morrispmitabactabagisme
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