L’ancien président syrien Bachar al-Assad, son frère Maher et plusieurs hauts responsables de l’ancien régime ont été condamnés à mort mardi par le quatrième tribunal pénal de Damas. Le verdict, rendu près de vingt mois après la chute du régime, constitue la première condamnation de l’ancien président depuis son départ du pouvoir.
Le quatrième tribunal pénal de Damas a condamné mardi à la peine capitale l’ancien président syrien Bachar al-Assad, son frère Maher al-Assad, ainsi que son cousin Atef Najib et plusieurs autres responsables de l’ancien régime, selon l’agence officielle syrienne SANA.
Bachar et Maher al-Assad, qui ont fui la Syrie après la chute du régime en décembre 2024, ont été jugés par contumace. Atef Najib, en revanche, était présent à l’audience. Ancien chef de la sécurité politique dans la province de Deraa, il avait été arrêté par les nouvelles autorités syriennes le 31 janvier 2025 dans la région de Lattaquié.
Les poursuites portent notamment sur des faits de meurtre prémédité, de torture et de graves violations commises pendant la répression du soulèvement syrien. Le tribunal a également retenu des faits qualifiés de crimes contre l’humanité.
Le dossier de Deraa au cœur du procès
Le cas d’Atef Najib occupe une place particulière dans cette procédure. Il est considéré comme l’un des responsables de la répression qui a précédé le soulèvement de 2011.
En mars de cette année-là, des adolescents de Deraa avaient été arrêtés après avoir inscrit des slogans hostiles au régime sur les murs d’une école. Leur détention et les mauvais traitements qui leur auraient été infligés avaient provoqué des manifestations réclamant leur libération. La répression de ces rassemblements allait contribuer à transformer la contestation locale en soulèvement national, avant que le conflit ne dégénère en une guerre qui allait durer près de quatorze ans.
Arrêté le 31 janvier 2025 dans la région côtière de Lattaquié, Najib est depuis détenu par les nouvelles autorités syriennes. Son procès, ouvert le 26 avril 2026, est devenu l’une des premières procédures judiciaires visant directement des figures de premier plan de l’ancien régime.
Lors de la huitième audience, le 4 août, le parquet avait estimé que les éléments recueillis contre les accusés étaient « cohérents et interdépendants ». Le verdict a été rendu mardi lors de la neuvième audience.
Vingt-quatre ans au pouvoir
Né à Damas le 11 septembre 1965, Bachar al-Assad avait initialement été formé à la médecine et s’était spécialisé en ophtalmologie. Il poursuivait une formation à Londres lorsqu’un événement allait bouleverser son destin : la mort accidentelle de son frère aîné Bassel, en 1994, qui était alors préparé à succéder à leur père, Hafez al-Assad.
Bachar revient alors en Syrie et entame une carrière militaire avant de prendre la succession de son père à sa mort, en juin 2000. Élu président quelques semaines plus tard, il suscite dans un premier temps l’espoir d’une ouverture politique.
Le « printemps de Damas » sera cependant de courte durée. Les espoirs de réforme cèdent rapidement la place à une nouvelle répression des opposants.
En 2011, le régime répond par la force aux manifestations antigouvernementales. La répression transforme progressivement le soulèvement en guerre civile. Le conflit fera environ un demi-million de morts et provoquera le déplacement de millions de Syriens.
Soutenu militairement par la Russie et l’Iran, Bachar al-Assad parvient pendant des années à conserver le pouvoir et à reprendre une grande partie du territoire syrien. Mais son régime s’effondre finalement en quelques jours face à une offensive des forces d’opposition lancée fin novembre 2024.
Le 8 décembre 2024, les forces rebelles entrent dans Damas. Bachar al-Assad quitte alors la capitale, mettant fin à près d’un demi-siècle de pouvoir de la famille Assad.
L’exil russe
Après sa fuite, Bachar al-Assad a trouvé refuge en Russie avec sa famille. Moscou leur a accordé l’asile. Son frère Maher, ancien commandant de la redoutée 4e division blindée, aurait également gagné la Russie.
Les informations sur leur vie actuelle restent toutefois limitées. Selon plusieurs médias, l’ancien président vivrait à Moscou dans des conditions relativement confortables mais discrètes. Les autorités russes ont confirmé qu’il était en sécurité, tout en indiquant qu’il ne pouvait pas mener d’activité politique, donner d’interviews ou apparaître publiquement.
Bachar al-Assad est marié depuis 2000 à Asma al-Assad, née et élevée au Royaume-Uni dans une famille d’origine syrienne. Le couple a trois enfants.
La condamnation prononcée mardi a donc avant tout une portée judiciaire et symbolique : jugé en son absence, Bachar al-Assad demeure hors de portée de la justice syrienne tant que la Russie refuse de l’extrader.
Pour les nouvelles autorités de Damas, le verdict marque néanmoins une étape majeure dans la volonté de solder l’héritage de l’ancien régime. Pour les victimes et leurs familles, il ouvre surtout une question plus vaste : celle de la justice et de la responsabilité après quatorze années de guerre.

