
Il est aujourd’hui largement reconnu que les investissements étrangers ne doivent être rémunérés en devises dures (comme l’Euro ou le Dollar) que si leurs chiffres d’affaires sont libellées en ces devises. Cela implique par exemple que les investissements étrangers qui visent le marché intérieur (hydrocarbures, téléphonie, ciment, banques…) doivent être rémunérés en Dinar et non en Euros ou en Dollars ou autre.
Pourrait-on alors contourner ce problème en décrétant la convertibilité totale du Dinar ?
La réponse est bien évidemment non. Ce serait trop facile. Un changement de statut d’une monnaie (convertible ou pas convertible), ou un changement d’unité monétaire, ne peut permettre de contourner ce problème dont l’essence est l’accumulation de créances sur la Tunisie aux mains d’étrangers. Que ces créances soient en monnaie convertible ou pas, elles constituent une menace contre les intérêts du peuple Tunisien.
En effet, en raison de ces créances, le gouvernement Tunisien se trouve déchiré entre deux impératifs, parfois contradictoires: défendre les intérêts du peuple Tunisien d’une part et ménager les intérêts des créanciers étrangers. Ce deuxième impératif est d’autant plus contraignant que le pays considéré se trouve dans une situation diplomatique fragile : peu d’alliés sûrs, appartenance à une région déstabilisée et capacités militaires dérisoires. On voit bien ce déchirement de notre gouvernement aujourd’hui entre les courbettes faites au G7/FMI /BM/UE d’une part, et les campagnes d’information destinées au peuple Tunisien mais rarement concrétisées par des bénéfices pour ce peuple.
L’un des rares éléments de souveraineté que nous pouvons espérer améliorer en Tunisie, c’est la souveraineté financière. Et cet élément de souveraineté nous suffit pour avoir la capacité de reprendre en main la conduite du pays et d’appliquer les réformes nécessaires à l’amélioration de notre situation économique.
Les pays développés qui ont perdu leur souveraineté militaire à l’issue de la deuxième guerre mondiale, en l’occurrence l’Allemagne et le Japon, ont toujours veillé de prés à protéger leur souveraineté financière afin de garder les mains libres pour leur politique économique et industrielle. Souvent en Occident, plus un pays est militarisé, moins il veille à sa souveraineté financière et plus il s’autorise des dettes extérieures. Le cas des USA, noyés dans les dettes extérieures, est le cas extrême. Mais même les USA s’orientent aujourd’hui vers des politiques moins dépensières afin de contrôler leur endettement.
A quoi sert alors la convertibilité ? Il est évident qu’avoir une monnaie reconnue à l’étranger, est quelque chose de désirable qui peut faciliter nos échanges commerciaux ou financiers. Cependant, la convertibilité est en quelque sorte un couronnement naturel d’une économie ayant réussi à subvenir aux besoins de son peuple. Dans un tel cas, il n’est pas nécessaire de décréter que sa monnaie est convertible. Elle sera recherchée par les intervenants et deviendra peu à peu « convertible » d’elle-même. C’est le cas de la Chine.
L’autre convertibilité qui consiste pour un pays financièrement déficitaire à s’engager sans limites vis-à-vis des opérateurs économiques à convertir sa monnaie contre des devises dures qu’il obtient non pas à partir de l’équilibre ou plutôt de l’excédent financier de son économie mais grâce à des lignes de crédits mises à sa disposition par les pays émetteurs de ces devises dures, est un abandon pur et simple de souveraineté monétaire. En effet, les pays créanciers n’acceptent à juste titre de financer cette convertibilité de façade qu’en prenant le contrôle de la politique de crédit du pays pour garantir la bonne utilisation des fonds.
Ce genre de convertibilité de façade a été adopté quelques temps à la fin des années 90 dans certains pays d’Amérique Latine, comme l’Argentine, avec des résultats peu enviables. Un tel mécanisme reviendrait exactement pour nous à remettre en cause l’existence de la monnaie nationale décidée en 1957, monnaie qui ne conservera alors de national que le nom, et de revenir à la situation coloniale avec une monnaie gérée par la puissance occupante (monnaie appelée à l’époque : Franc Tunisien).
Dans l’état actuel de l’économie Tunisienne, décomposée par 23 ans de benalisme et qui se trouve prise dans les filets du cercle infernal de la dette, ne pouvant honorer les intérêts de son ancienne dette qu’avec de nouvelles dettes, il ne peut être raisonnable de se mesurer aux mastodontes économiques dans ce jeu où les règles sont : convertibilité et libre-échangisme. C’est comme si je défiais Oussama Mellouli dans une course de natation ! C’est vrai que les mêmes règles s’appliquent aux deux, mais le jeu n’en est pas moins sérieusement déséquilibré !
Au contraire, la non-convertibilité de notre monnaie devrait être accentuée afin d’assurer le réinvestissement des profits de notre économie au sein même de notre économie, et de stopper l’hémorragie de capitaux tellement précieux afin d’assurer le bond en avant de notre économie vers des activités plus technologiques et plus rentables, mais nécessitant plus de capitaux.
La Grèce subi en ce moment de plein fouet les coûts de ce jeu qu’elle a accepté de jouer en intégrant l’UE, intégration qui revient à instituer une convertibilité et un libre-échangisme absolus. Cependant, je pense que l’UE n’a d’autre choix que de lui effacer une grande partie de l’ardoise de 500 milliards d’Euros de dettes si elle veut constituer un ensemble harmonieux et crédible face aux puissances traditionnelles (USA, Chine) et nouvelles (Inde, Russie). Etant évident que la Tunisie ne peut compter sur de tels effacements de dettes, sauf miracle diplomatique, elle doit donc se tenir prudemment à l’écart de ce jeu dangereux.
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