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Tunisie: la religion, véhicule de réconciliation et de concorde nationale

9 février 2012
in Chroniques
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« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité».

Ce postulat, article premier et fondement de la déclaration universelle des droits de l’homme est venu en réponse à l’universalité de l’injustice. Or, il omet que par volonté divine l’être humain est sujet à deux types d’injustice : l’injustice physique qui commence au premier instant de la procréation et l’injustice sociale qui débute à la naissance.

L’injustice sociale est l’argument le plus déterminant et le plus percutant en politique. La justice sociale est, donc, une construction morale et politique résultant d’un ensemble de choix qui vont régir la définition des droits civils, politiques et sociaux et des devoirs civiques et sociaux, et en résultat, les règles sociales de répartition ou de redistribution. La justice sociale s’appuie sur les principes universels que sont l’égalité des droits et l’équité des chances, pour déterminer les formes de solidarités collectives.

La démocratie, par essence, a pour objectif premier de consacrer la justice sociale en veillant au strict respect des libertés et droits fondamentaux de l’homme (dignité, égalité, solidarité, citoyenneté et justice).

« La démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple », Abraham Lincoln. La démocratie exige que la majorité élue par le peuple, en vertu du projet de société qu’elle lui a soumis, s’oblige à protéger les droits des minorités et à respecter leurs participations à l’animation de la vie publique, et s’astreint à la tenue d’élections honnêtes et transparentes au suffrage universel, au terme de son mandat.

La démocratie se prend et ne se donne pas. Elle est la volonté du peuple qui se doit de la protéger et de la défendre, corps et âmes, sinon il laisse libre chemin à la dictature.

La démocratie que le peuple tunisien peine encore à assimiler intégralement, après des décennies de dictature, est en danger.

La démocratie est en danger car la majorité au gouvernement, qui ne représente en réalité qu’une minorité du peuple tunisien, est désireuse d’imposer un modèle de société importé et étranger à l’histoire, à la culture et aux traditions du peuple tunisien, à tendance à marginaliser voire anéantir le rôle naturel et les prérogatives de l’opposition politique ainsi que les revendications de la société civile, et enfin ne s’astreint pas à veiller rigoureusement au strict respect des libertés et droits fondamentaux de l’homme.

Le peuple tunisien qui s’est découvert une solidarité et une citoyenneté à toute épreuve le temps de se débarrasser de la tyrannie, a été volontairement divisé par l’idéologie religieuse.

Car endoctrinante, l’idéologie religieuse est ravageuse. Elle aboutit inexorablement à un communautarisme par le fait que les individus adhèrent à une communauté « Oumma » pour des raisons toutes autres que la conviction intime et profonde. Ce genre de communautarisme est le prélude d’une fracture sociétale irréversible qui a abouti dans d’autre pas à la guerre civile. La barbe longue, le kami  et la burka ne prouvent en aucune manière que leurs porteurs sont plus croyants et plus pratiquants, mais sont des accoutrements ostentatoires d’appartenance à une confrérie ou à une communauté religieuse fondamentaliste, importés d’Arabie Saoudite et d’Afghanistan.

La mise sous tutelle des institutions religieuses, le contrôle sécuritaire des lieux de culte, la répression systématique de la pensée religieuse s’écartant de l’orthodoxie définie par le pouvoir lui-même, la restriction des programmes culturels religieux et la banalisation de l’enseignement religieux, pendant les deux dernières décennies, allaient faire de la majorité des tunisiens des incultes de leur religion. La première conséquence a été qu’une partie du peuple tunisien succombèrent, après la chute du régime dictatorial, à la démagogie populiste politico-religieuse, et la seconde que des milliers de tunisiens, en forte quête de spiritualité, furent pervertis par des illuminés de la religion.

La religion est devenue source de division du peuple tunisien. Or, pour reconstruire sa nation, le peuple tunisien, musulman sunnite de rite malékite, conservateur et traditionnaliste, féru de culture, ouvert aussi bien sur l’orient et que sur l’occident, pacifiste et tolérant, dénonçant les dérives éthiques et morales de sa société, ne doit trouver en la religion qu’un véhicule de réconciliation et de concorde nationale. L’Islam, notre religion, aux valeurs éthiques et morales profondes que sont la piété, la fraternité, la tolérance, l’entraide, la bravoure, le pardon, la justice, le courage, la patience, la persévérance, la paix et l’harmonie sociale.

Le Djihad, si Djihad il y a, du peuple tunisien ne peut être que pour la souveraineté, la liberté, la citoyenneté, la justice et la paix sociales, la modernité et l’émancipation, afin de protéger et pérenniser les indéniables acquis du régime républicain tunisien, émanant des pensées modernistes et réformatrices de Kheireddine Ettounsi, Abdelaziz Thaalbi, Mohamed Ali et Tahar Haddad, complétées, parfaites et concrétisées par Habib Bourguiba.

Par Sadri Sancho
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