
A la veille de la célébration du 3 ème anniversaire de la révolution, des slogans nostalgiques au régime Ben Ali sont apparus lors des manifestations de colère contre la hausse des redevances des voitures.
Une page Facebook intitulée « Pardonne-nous, monsieur le Président » a vu atterrir une pléthore de messages d’affection et d’hommages.
Pour mesurer la situation et comprendre les tenants et les aboutissements de cette attitude, la chaîne France 24 a interviewé Vincent Geisser, spécialiste de l’Islam et du monde arabe au Centre national pour la recherche scientifique (CNRS). Le spécialiste évoque une certaine nostalgie de l’époque, mais pas forcément de Ben Ali lui-même.
« Tout d’abord, ce genre de nostalgie est un phénomène historique commun. Les transitions politiques favorisent l’incertitude et la peur de l’avenir. Il y a des Tunisiens qui sont nostalgiques du régime Ben Ali, mais pas pour Ben Ali lui-même. En tant que personne, Ben Ali est largement détesté. Il symbolise le népotisme. La nostalgie pour son régime, cependant, peut être fondée sur l’impression que les choses étaient mieux avant. Certaines personnes ont perdu le sens de l’ordre et de la sécurité que l’ancien régime leur procurait », dit-il.
Et d’ajouter: « Il y a la nostalgie des gens au pouvoir qui ont également été au pouvoir sous Ben Ali, en particulier les hauts fonctionnaires au sein des partis politiques ou des entreprises. Ils sont nostalgiques, mais ne peuvent pas le crier sur tous les toits, parce que c’est encore tabou. Ben Ali n’est pas un personnage charismatique, il était personnellement impopulaire et intellectuellement médiocre. Les gens peuvent toujours admirer ouvertement l’ancien président tunisien Habib Bourguiba, mais pas vraiment Ben Ali».
(…) «Les Tunisiens ont découvert la liberté d’expression. Ils peuvent dire ce qu’ils veulent et comme ils le veulent. Ce qui surprend les Occidentaux, c’est surtout la virulence de ce qu’ils disent. Ennahdha est dans une crise de transition. Les islamistes ont remporté les élections, mais des divergences internes demeurent. Le parti fonctionne toujours comme si c’étaient les années 80 ou 90. Il doit mettre en œuvre des réformes s’il veut être un parti islamiste moderne », conclut-il.
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