Crise à la Compagnie des Phosphates de Gafsa: le poumon industriel de la Tunisie à l’épreuve!

Crise à la Compagnie des Phosphates de Gafsa: le poumon industriel de la Tunisie à l’épreuve!

La Compagnie des Phosphates de Gafsa (CPG), pilier industriel et social du bassin minier tunisien, traverse une crise profonde. Entre dettes accumulées, infrastructures obsolètes et gouvernance fragilisée, l’entreprise publique, fondée il y a plus d’un siècle, peine à maintenir son rôle stratégique pour l’économie tunisienne.

Invité sur les ondes de la Radio nationale, le député de Gafsa, Naji Al-Akrami, a dressé un état des lieux sans détour : « La production plafonne aujourd’hui à 3,5 millions de tonnes par an, alors que la capacité théorique est de 9 à 10 millions. Nous avons besoin d’investissements urgents et d’une gouvernance transparente pour relancer cette entreprise », a-t-il déclaré.

Des infrastructures vieillissantes freinant la production

Le transport du phosphate, assuré principalement par la Société nationale des chemins de fer miniers, constitue un goulot d’étranglement majeur. « Les wagons et camions sont usés, certains ne sont même plus fonctionnels. Il est crucial de moderniser ces équipements pour fluidifier la logistique et réduire les coûts », souligne Al-Akrami. Le financement de cette modernisation, estimé à près de 400 millions de dinars, a été approuvé, mais l’exécution des projets reste lente.

Une gouvernance à revoir

La CPG souffre également de pratiques de gestion obsolètes. Les nominations partisanes et la bureaucratie ont paralysé certaines décisions stratégiques. « Il faut des compétences nationales, indépendantes de tout calcul politique, pour remettre l’entreprise sur les rails », insiste le député.

Les concours d’embauche irréguliers et le manque de personnel qualifié ont, par ailleurs, freiné la productivité et fragilisé le climat social. Avec plus de 1 000 employés, la stabilité de la compagnie est directement liée à la confiance des travailleurs dans la direction et dans le futur de l’entreprise.

Une relance indispensable pour l’économie tunisienne

La CPG n’est pas seulement un acteur local : son phosphate alimente les complexes chimiques de Gabès, Sfax et d’autres sites industriels, impactant directement la compétitivité nationale. Une relance réussie pourrait également stimuler l’emploi et l’investissement dans le sud tunisien.

Pour Al-Akrami, la feuille de route est claire : assurer la liquidité, moderniser les équipements, renforcer la gouvernance, développer un modèle économique intégré reliant le phosphate aux industries dérivées et au secteur agricole. « Ce n’est pas seulement une question de chiffres, c’est une question de souveraineté industrielle et de justice sociale pour Gafsa », conclut-il.

Le gouvernement et la présidence de la République ont été invités à se rendre sur place pour constater l’état réel de l’entreprise et accélérer les réformes. Pour les analystes économiques, la réussite de cette relance sera déterminante pour l’avenir des entreprises publiques stratégiques en Tunisie.

I.M

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