Exacerbation des passions, éthique défigurée, problèmes structurels: Sale temps pour le football tunisien !

Exacerbation des passions, éthique défigurée, problèmes structurels: Sale temps pour le football tunisien !

On touche le fond. L’impunité est en effet totale transgressant allégrement les limites de la décence et les valeurs morales. Le football tunisien est en effet hautement toxique. On médiatise l’effronterie, on glorifie les brebis galeuses, on monte des plateaux pour le buzz, on donne libre cours à l’exacerbation des passions, tandis que l’outrage des mots et des chœurs immoraux sur les gradins prennent le visage agressif d’une dérive sociale.

Le football est, certes, une « industrie », le véhicule d’une interconnexion entre l’argent et le spectacle, mais on oublie qu’il est d’abord un phénomène de société avec un ascendant irrépressible sur le métabolisme social. Paraphrasant Marx lorsqu’il disait (faux d’ailleurs) que « la religion est l’opium des peuples », on s’est accommodé chez nous d’une maladroite transposition : c’est le football qui serait l’opium du peuple. Il est vrai que l’épopée de l’Argentine a retardé l’explosion sociale de janvier 1978. Mais c’était juste conjoncturel, si ce n’est une coïncidence. Aujourd’hui, cependant, avec une société névrosée telle qu’est la nôtre, le football, plus que tous les autres sports, pourrait être dangereusement corrosif.

Jadis, le football éduquait, il est aujourd’hui rongé par les poisons de l’outrance. Rivalités démesurées entre clubs, propension à les personnifier en dehors des normes conventionnelles et, grands clubs comme petits clubs se débattent dans le marasme, chacun à son grade.

Après la déconfiture de l’équipe nationale à la CAN au Maroc, on s’attendait à une reconfiguration du football dans le sens d’une réforme en profondeur et l’établissement des états généraux du sport d’une façon générale. Le ministre de la jeunesse et des sports aura invité des figures connues du football pour, croyions-nous, enclencher une large consultation autour du football. Mais non : ce fut juste pour établir le profil du successeur du pauvre Sami Trabelsi. Choisissez le sélectionneur idoine, pourvu qu’il soit tunisien : ce fut Lamouchi et, ainsi, on a coupé la poire en deux. Le problème est résolu ; la réforme attendra…

Le problème est que la fédération (élue et on sait comment !) tire sa légitimité des statuts de la FIFA et de la CAF : aucune emprise donc des pouvoirs publics.

La Ligue, pour sa part, gère la compétition avec des recettes archaïsantes et, quelque part aussi, clientélistes. Pour qui roule-t-elle au juste ? C’est tellement dilué qu’on n’y voit pas le filon, tandis que les rivalités entre grands clubs prennent une tournure virale, surtout à travers la toile et certains plateaux dont les animateurs et les chroniqueurs n’en finissent pas d’enfoncer le clou.

On en est aujourd’hui à cautionner l’indécence : ballons sciemment dégonflés et celui qui l’a fait s’en enorgueillit !

Batailles rangées en Ligue 2 et des arbitres conspués (comme toujours) et jetés en pâtures à la vindicte populaire. On laisse faire…

Nous sommes décidément loin des standards internationaux et même continentaux. L’équipe nationale perd six points dans le classement mondial : elle est désormais 47è.  Elle est à l’image de notre championnat.  La toute puissante Espérance peine elle-même dans la compétition africaine : le gigantisme par rapport aux autres clubs se heurte au nivellement par le bas dans un championnat sans réelle émulation. Même raisonnement pour les autres clubs tunisiens participant aux compétitions africaines.

Aucune honte à avouer que notre football régresse lourdement par rapport à ce qui se fait par exemple au Maroc, ou en Egypte. Il ne faut pas se limiter à regarder la face émergée de l’Iceberg, parce qu’il faut aller sur la surface, c’est-à-dire dans les profondeurs.

Ces profondeurs tiennent à la restructuration d’un sport qui s’enlise, à une absence de diagnostic dépassionné. C’est juste une question de courage. Et le courage, comme dirait Saint-Exupéry, « c’est la moindre des choses ». Il faut en finir avec les alibis et sonder le mobile. Le mobile ? Oui, à savoir qui a intérêt à ce que le marasme prenne des proportions aussi alarmantes.

  Raouf Khalsi      

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