Le sultanat d’Oman a présenté sa stratégie nationale de mobilité aérienne avancée lors de Bigtech Africa 2026, organisé récemment à Tunis. Cette participation vise à renforcer les échanges avec la Tunisie et les pays africains autour des drones, de la robotique et de l’intelligence artificielle (IA).
Lors d’une session internationale intitulée « Mobilité aérienne avancée : fiction ou réalité ? », des experts d’Oman, de France, du Canada et de Tunisie ont examiné les perspectives de ce secteur. Ils ont également abordé les défis technologiques, réglementaires et économiques liés à son développement.
Au-delà des drones, un nouvel écosystème économique
La mobilité aérienne avancée ne se limite plus aux drones et aux aéronefs électriques à décollage et atterrissage verticaux (eVTOL). Elle englobe désormais plusieurs activités, notamment le transport, la logistique, l’agriculture intelligente, la surveillance des infrastructures et la protection civile.
Cependant, le développement de ces applications nécessite une approche intégrée. Les pays doivent associer les infrastructures, les investissements, l’innovation et la réglementation. Ils doivent également identifier des usages qui répondent aux besoins du marché et présentent un modèle économique viable.
Borhene Dhaouadi, directeur général de GUAMobility et responsable de l’équipe chargée de la stratégie nationale omanaise, a souligné l’importance de dépasser les expérimentations isolées. Selon cette approche, les institutions publiques, les entreprises, les centres de recherche, les start-up et les investisseurs doivent coopérer pour construire des chaînes de valeur durables.
Oman mise sur une stratégie nationale intégrée
Mohamed bin Rached Al Jahwari, représentant du ministère omanais des Transports, des Communications et des Technologies de l’information, a présenté les principaux axes de la stratégie du sultanat. Cette démarche s’inscrit dans les objectifs de diversification économique de la Vision Oman 2040.
Oman souhaite notamment structurer un écosystème qui couvre la gouvernance, la gestion de l’espace aérien, les infrastructures physiques et numériques, la formation, la recherche et l’investissement.
Pour atteindre ces objectifs, le pays mise sur la coordination entre les autorités de transport, l’Autorité de l’aviation civile et le Centre logistique d’Oman. Cette coopération doit permettre de définir les applications prioritaires dans la santé, l’agriculture, le tourisme, la logistique et les services publics.
Par ailleurs, Issam Bouzid, expert en sécurité et réglementation aériennes, a insisté sur le rôle des règles de sécurité et des infrastructures. Les futurs systèmes de gestion du trafic des drones, appelés UTM, devront notamment sécuriser les vols à basse altitude.
Le développement des vertiports, des plateformes logistiques aériennes et des installations destinées aux drones nécessitera aussi une coordination entre les autorités aéronautiques et les organismes chargés de l’aménagement du territoire.
Un laboratoire national pour tester les nouvelles technologies
Dans le cadre de sa stratégie, Oman prévoit d’organiser le laboratoire national « Oman National AAM Sandbox 2026 » du 6 au 13 décembre 2026.
Ce programme permettra aux institutions, aux opérateurs et aux fournisseurs de technologies de tester des solutions innovantes dans un environnement encadré. Ils pourront ainsi évaluer les conditions techniques, opérationnelles, économiques et réglementaires nécessaires à leur déploiement.
En outre, cette initiative doit favoriser les échanges entre les entreprises spécialisées dans les drones, les systèmes autonomes, les infrastructures aériennes et les services numériques.
L’ambassadeur d’Oman en Tunisie, Helal bin Abdallah Al Sinani, a également souligné l’importance de la coopération avec la Tunisie et l’Afrique. Il a rappelé que la technologie et l’innovation occupent une place centrale dans la Vision Oman 2040.
Borhene Dhaouadi : La « Drobotique », une opportunité pour la Tunisie
Les échanges ont également mis en avant le potentiel de la Tunisie dans ce domaine. Le pays dispose de compétences en ingénierie, en IA, en robotique, en technologies numériques et en systèmes embarqués.
Dans ce contexte, Borhene Dhaouadi a évoqué la possibilité de développer une nouvelle filière technologique baptisée « Drobotique ». Ce concept associe les drones, les robots terrestres, les systèmes maritimes autonomes, les capteurs et les plateformes numériques de contrôle.
Cette convergence pourrait répondre aux besoins de plusieurs secteurs, notamment l’agriculture, l’énergie, les ports, la santé, la logistique et la protection civile. Elle offrirait également des perspectives aux entreprises tunisiennes qui souhaitent développer des solutions pour les marchés africains, européens et du Golfe.
Toutefois, la concrétisation de ces opportunités exige de transformer les compétences locales en prototypes, puis en produits industrialisables et commercialisables. La coopération entre les universités, les entreprises, les institutions publiques et les investisseurs jouera donc un rôle déterminant.
France et Canada, des expériences à adapter aux besoins locaux
La session a aussi permis d’examiner les expériences française et canadienne. Jean-François Benon, directeur général du Comité d’expansion économique du Val-d’Oise (CEEVO), a présenté le rôle des territoires dans l’attraction des investissements, l’accueil des entreprises et le développement des infrastructures.
De son côté, Sofiane BenYouci, président-directeur général d’Innovitech au Canada, a mis l’accent sur les écosystèmes d’innovation urbains. Il a notamment souligné l’importance des partenariats entre les entreprises technologiques, les universités, les centres de recherche et les collectivités locales.
Ces expériences montrent qu’aucun modèle ne convient à tous les pays. Chaque stratégie doit tenir compte des ressources disponibles, des priorités économiques et du cadre réglementaire local.
Ainsi, la mobilité aérienne avancée représente un enjeu qui dépasse le transport. Elle peut favoriser l’émergence de nouvelles entreprises, la création d’emplois spécialisés et le développement de filières industrielles. Pour la Tunisie et les pays africains, l’objectif consiste désormais à transformer leurs compétences technologiques en solutions concrètes et en opportunités économiques.

