Cette génération de vieux érigée en tuteurs du pays

Cette génération de vieux érigée en tuteurs du pays

 

« La plus triste des morts est celle de la jeunesse, qu'on est longtemps à regretter. » Stanislas Leszczynski

Le vice-président de l’Assemblée des représentants du peuple, Abdelfattah Mourou n’a pas mâché ses mots quant à la situation politique en Tunisie. Dans une interview parue sur les colonnes de la Tribune de Genève en date du mardi 24 octobre 2017, le dirigeant nahdhaoui a exprimé son inquiétude face à l’instabilité politique dans le pays.  « Un pays qui est dirigé par un président qui a 93 ans et qui est allié à Rached Ghannouchi, qui a 76 ans, est-il vraiment stable? Que va-t-il se passer si l’un des deux venait à disparaître? », s’est-il interrogé, avant de renchérir : «  Il n’y a pas d’accord entre leurs partis ».

Franchement, cette génération de vieux souffre encore d’un complexe paternaliste qui l’a poussé à s’ériger en tuteur de la nation par peur de la « témérité » de ses enfants.

Par ailleurs, même si cette génération des anciens décidait aujourd’hui de céder sa place à la jeunesse, elle ne trouverait personne pour diriger le pays, car après tant d’années d’exclusion et de slogans mensongers ont fait naître chez le jeune Tunisien une sorte de désaffection pour tout ce qui est politique.

Des chiffres accablants de la dépolitisation des jeunes tunisiens ! 

En Tunisie, plus de 50% de la population tunisienne ont moins de 30 ans. Les jeunes d’aujourd’hui appartiennent à une génération complétement « dépolitisée », très faiblement représentée dans les organisations de la société civile ou les partis politiques, quasiment désintéressée de la question syndicale estudiantine ou ouvrière et ne participe que très faiblement aux élections.

Malgré le nombre élevé de structures associatives et sociales, les jeunes d’aujourd’hui ne les envahissent pas. Seulement 6% des jeunes y participent en dépit du nouvel environnement de l’après 14 janvier 2011. Les associations à but non lucratif et humanitaire tiennent la part de lion dans les intérêts des jeunes à ce type d’activité avec 29% suivi par les activités culturelles à hauteur de 27%. Dans le même contexte, la jeunesse tunisienne s’adonne à d’autres activités relevant davantage du domaine général, comme les réseaux sociaux et les cafés publics qui battent un record de choix avec 72%. A contrario des idées reçues, seulement 9,9% des jeunes investissent les mosquées en tant qu’espace de débat et d’échange.

Triste réalité d’une participation trop maigre de nos jeunes à la politique : seulement 2,7% des jeunes sont membres d’un parti politique. Ce chiffre illustre clairement le désistement des jeunes à s’adonner à l’activité politique et cela ne signifie cependant pas l’ignorance des jeunes de la scène politique ainsi que de ceux qui la composent. A noter que les cafés publics sont les endroits où on parle le plus de politique chez les jeunes et ce, à raison de 72,3%.

Pourquoi les jeunes désertent la scène politique ?

Les jeunes  ne participent pas à la vie politique car ils ne voient pas encore une quelconque possibilité de pouvoir changer de l’intérieur les choses ou influencer les politiques menées. Ils ont rarement l’occasion d’être reconnus comme acteurs et avoir des responsabilités. La jeunesse a bien compris la leçon : elle sait qu’elle est la bienvenue en politique tant qu’elle colle les affiches, distribue les tracts, assure la sécurité des meetings, en un mot faire le sale boulot pour les notables et qu’elle n’aspire pas à aller loin et tant qu’elle ne sort pas ses griffes pour changer l’ordre établi. Chez ces professionnels de la politique, la jeunesse a été transformée en un pur slogan politique qu’on sort des archives à chaque fois que le besoin s’en fait sentir, exactement comme pour la représentation féminine dans les instances élues. La jeunesse a compris qu’elle attire les démagogues comme le miel attire les mouches.

L’engagement en politique en ce moment, a peu de sens à cause de l'absence de projet politique de l’ensemble des nombreux partis. Ces structures sclérosées d’un autre temps inutiles ne donnent pas envie d’y être pour militer.  Depuis sept ans, la classe politique a démontré d’une façon éclatante son échec à insuffler un nouveau sang à la vie politique tunisienne par le renouvellement des idées et des hommes, à offrir un projet de société qui répond aux attentes des jeunes et qui propose un futur meilleur de développement et de progrès à tous les tunisiens. Cet échec annonce déjà la rupture entre les jeunes et les hommes politiques.

Dans un environnement sociopolitique marqué par cette très faible participation des jeunes à la vie politique, le football demeure l’unique exutoire de la frustration latente de cette jeunesse abandonnée. Cet espace est sursaturé de tension comme en témoigne les débordements violents de plus en plus fréquents et de plus en plus dangereux, la phraséologie quasi martiale des chansons de stade ou les dérives régionalistes graves.

Les anciennes générations d’avant l’indépendance et les responsables actuels des partis politiques tardent à comprendre qu’il est temps d’accorder une bonne place à la jeunesse qui est une vraie chance de la Tunisie d’aujourd’hui et de demain.

Stanislas Leszczynski écrivait « La plus triste des morts est celle de la jeunesse, qu'on est longtemps à regretter ». Un pays qui ne croit pas dans elle est un pays qui n’a pas d’avenir.

Chère jeunesse lève-toi et marche !

AK

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